09.01.1916: Une soirée dans les airs | A Party in the Air | Ein Abend in der Luft

Transcription:

Le 9 janvier 1916

Ma chère Jeanne

Je suis ravi de te savoir
presque guérie, ce doit être
un gros soulagement pour
toi de te sentir débarrassée
de cet instrument gênant.

J’ai fini par retrouver ici le Lieutenant Lévigne, ou
plutôt c’est lui qui m’a retrouvé. Il a été très
gentil et m’a invité à diner dans leur cantonnement qui
est tout près du nôtre. Comme il désirait beaucoup
monter je l’ai emmené et pour donner une allure
quasi officielle à cette ascension il a fait faire des
études de visées et de repérage sur nous par ses auto-canons.
Pour terminer, je lui ai fait faire un tour sur les lignes
et lui ai fait voir le tir des boches sur nous . Je
lui expliquais les différents coups pendant que les obus
éclataient. J’ai poussé le raffinement jusqu’à lui faire

observer le sifflement des éclats
et le bruit de ceux-ci touchant
l’appareil. ( Nous en avons pris 5 dans
les toiles). Il s’est assez bien comporté
et une fois par terre a eu l’air
enchanté de cette expédition ; Il ne
m’a pas d’ailleurs donné signe de
vie depuis, il y a bientôt de cela
15 jours. Il parle avec émotion
de la roseraie à Chambourcy.

Je t’embrasse tendrement,

Jean

 Les vœux que Chaput adresse à sa famille sont moroses : Jeanne guérit à peine de l’appendicite et Jean est toujours sans avion à l’escadrille C 28. Fin décembre, il écrivait préférer être muté dans l’infanterie plutôt que de rester plus longtemps sans appareil. Désœuvré, il profite de sa sédentarité pour diner dans le cantonnement d’une unité voisine.

Jean parle d’« autocanons ». Il s’agit d’une pièce d’artillerie récente, élaborée en 1910. C’est une variante du fameux canon de 75 mm, très perfectionné qui a rendu possible en 1897 le tir rapide. Outre tous les avantages du « 75 », l’autocanon a ceci de radicalement nouveau que, placé sur la plateforme d’un camion, il peut être mis en batterie – tracté, stabilisé et approvisionné- en moins de cinq minutes. Au moment où Jean écrit, la défense contre avion commence à s’organiser, les premières sections d’autocanons et des régiments d’artillerie anti-aérienne sont créés. Cependant ce canon, initialement prévu pour la défense contre aéronefs, trouve ses limites contre les avions : il manque notamment d’appareils de préparation de tirs. D’où les essais auxquels le lieutenant Lévigne se livre de manière empirique.

L’« expédition » de Jean semble avoir été remarquablement longue (Chambourcy est dans la banlieue sud-ouest de Paris) et dense – l’équipage a durement subi le feu de l’artillerie allemande – mais le ton de sa lettre est particulièrement léger. L’historien et le lecteur doivent se garder de déterminer trop vite si cette légèreté de Jean est une démonstration de courage devant sa sœur, une insouciance sincère ou une attitude de défi. Il faut garder à l’esprit l’ambiguïté des sentiments que peut susciter le quotidien de la guerre à laquelle s’ajoute l’ambiguïté des sentiments en jeu dans la correspondance avec les proches.

 Jeans Grüße an seine Familie sind von Tristesse gekennzeichnet: Jeanne ist eben erst von einer Blindarmentzündung genesen und Jean hat immer noch kein Flugzeug in der C-28-Staffel. Ende Dezember schrieb er, dass er lieber zur Infanterie versetzt würde, als noch länger ohne Maschine zu sein. Er nutzt diese Zeit der Untätigkeit dazu, im Quartier einer benachbarten Einheit zu Abend zu essen.

Jean spricht von „autocanons“ (Kanonen auf Fahrzeugen). Dabei handelt es sich um eine der ersten, im Jahr 1910 entwickelten Varianten der 75-mm-Kanone von 1897. Neben den Vorteilen dieses ausgefeilten Artilleriegeschützes, das zum ersten Mal Schnellfeuer ermöglichte, zeichnete sich die auf der Pritsche eines Lkws aufgestellte Kanone durch etwas völlig Neuartiges aus: Sie konnte in weniger als fünf Minuten in Stellung gebracht, d.h. gezogen, stabilisiert und beschickt werden. Als Jean diesen Brief schrieb, steckte der Aufbau der Luftverteidigung noch in den Anfängen: Die ersten mit „autocanons“ ausgerüsteten Züge und Flugabwehrartillerieregimenter wurden gerade erst aufgestellt. Diese ursprünglich für die Verteidigung gegen Luftfahrzeuge vorgesehene Kanone war gegen Flugzeuge nur begrenzt einsetzbar, da es insbesondere an Gerät zur Ermittlung der Schusswerte fehlte. Daher die empirischen Studien von Oberleutnant (lieutenant) Lévigne.

Jeans „Expedition“ scheint bemerkenswert lang und ereignisreich gewesen zu sein (Chambourcy ist ein Vorort im Südwesten von Paris) – die Besatzung war heftigem Artilleriefeuer der Deutschen ausgesetzt -, doch sein Brief klingt sehr unbeschwert. Historiker und Leser müssen sich vor einer vorschnellen Festlegung hüten, ob Jeans Unbeschwertheit ein Ausdruck von Mut gegenüber seiner Schwester, eine echte Unbekümmertheit oder eine Trotzreaktion ist. Man darf nicht vergessen, dass der Kriegsalltag widersprüchliche Gefühle hervorrufen kann und dass auch der Briefwechsel mit den Angehörigen von zwiespältigen Gefühlen begleitet war.

 
Transkription:
 

  1. Januar 1916

Meine liebe Jeanne,

Ich freue mich, Dich fast genesen zu wissen. Es muss für Dich eine große Erleichterung sein, dieses lästige Teil losgeworden zu sein.

Ich habe hier schließlich doch Oberleutnant (lieutenant) Lévigne wieder getroffen oder es war vielmehr er, der mich gefunden hat. Er war sehr nett und hat mich zum Abendessen in sein Quartier eingeladen, das nicht weit von unserem entfernt ist. Da er sehr gerne einmal mit mir fliegen wollte, habe ich ihn mitgenommen und um dem Ganzen einen quasioffiziellen Charakter zu geben, hat er seine auf Fahrzeugen montierten 75-mm-Geschütze Ziel- und Richtstudien auf uns durchführen lassen.
Zum Abschluss habe ich mit ihm einen Rundflug über die Linien gemacht und ihn das Schießen der Boches miterleben lassen. Ich habe ihm die verschiedenen Schüsse erklärt, während die Geschosse einschlugen. Ich bin sogar so weit gegangen, ihn auf das

Zischen der Splitter und den Lärm derjenigen Splitter, die unsere Maschine trafen (unsere Stoffbespannung hat fünf abbekommen), aufmerksam zu machen. Er hat sich ganz gut geschlagen und nachdem wir wieder gelandet waren, schien er begeistert von unserer Expedition. Seither habe ich übrigens kein Lebenszeichen von ihm erhalten und das ist jetzt fast zwei Wochen her. Seinen Worten ist zu entnehmen, dass ihn der Rosengarten von Chambourcy sehr berührt hat.

Sei herzlichst gegrüßt und umarmt von

Jean

 The New Year’s wishes that Chaput sends to his family are gloomy: Jeanne is barely cured of her appendicitis and Jean is still without an aeroplane in squadron C 28. At the end of December, he wrote that he would prefer to be transferred to infantry rather than be without an aircraft any longer. A pilot at a loose end, he takes advantage of his sedentary life by dining in a neighbouring unit’s quarters.

Jean talks of “automatic field guns”. This is one of the first variations of the 75mm 1897 field gun, developed in 1910. In addition to all the advantages of the 75mm field gun, a very sophisticated item and enabling rapid fire for the first time, the automatic field gun is radically new in that, placed on a truck, it can be put into action—towed, stabilised and loaded—in less than five minutes. When Jean writes, anti-aircraft defence was just beginning to be organised, and sections of automatic field guns and regiments of anti-aircraft artillery were created. However, this field gun, initially planned for defence against aircraft, had limitations against aeroplanes: there was a general shortage of artillery firing preparation equipment. Hence the practical tests in which Lt. Lévigne engages.

Jean’s “expedition” seems to have been remarkably long (Chambourcy is in Paris’ south-west suburbs) and intense—the crew were severely subjected to German artillery fire—but the tone of his letter is particularly light. The historian and the reader should refrain from deciding too soon if this lightness of Jean’s is a demonstration of courage to his sister, genuine recklessness, or a defiant attitude. We have to bear in mind the ambiguity of feelings that everyday life at war could stir up, to which are added the ambiguity of feelings at work in correspondence with relatives.

 
Transcription:
 

9th January 1916
My dearest Jeanne
I’m glad to know that you are almost cured, it must be a great relief for you to feel that you’ve got rid of that annoying thing.

I ended up finding Lieutenant Lévigne here, or rather it was he who found me. He was kind and invited me to dinner in their quarters, which are very close to ours. As he very much wanted to climb aboard I took him with me and to give this ascent an almost official air he had some targeting and spotting studies carried out on us by his automatic field guns.
To finish, I took him on a tour of the lines and let him see the Huns fire on us. I explained the various shots while shells exploded. I gave it the ultimate refinement by showing him the shrapnel whistling

past and the noise of them hitting the aircraft. (We took 5 of them in the canvas). He behaved quite well and once back on land seemed delighted with this expedition; he hasn’t shown a sign of life since though, for nearly a fortnight. He speaks with feeling about the rose garden in Chambourcy.

With fondest love,
Jean


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

More Information|Mehr Informationen|plus d'informations
Jean Chaput