16.10.1915 : Du peu d’organisation des escadrilles | a Squadron’s Lack of Organisation| Über fehlende Organisation in der Staffel

“Nous sommes ici en plein bled à plusieurs kilomètres de toute habitation. L’escadrille est en plein champs et nous logeons à côté sous la tente, le parc nous a fourni de vagues lits démontables mais je préfère coucher sur la paille.”

Transcription :
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16 Octobre 1916 Escadrille C 28
S, P ; 133

Mon cher Papa

J’ai découvert au bureau une machine à écrire et je suis ravi de ne plus être obligé de mettre la main à la plume. Nous sommes ici en plein bled à plusieurs kilomètres de toute habitation. L’escadrille est en plein champs et nous logeons à côté sous la tente, le parc nous a fourni de vagues lits démontables mais je préfère coucher sur la paille je ne m’en trouve d’ailleurs pas plus mal. Vous avez peut-être reçu la visite de Lallemant, à son passage à Paris ; car il nous a quitté ayant été rappelé par l’aviation Maritime. Cela nous a fait de la peine à tous de quitter un aussi gentil camarade et c’est une grosse perte que l’escadrille fait en sa personne avec cela ; le nombre des pilotes doit être porté à huit de sorte que nous recevons de jeunes pilotes. La vieille escadrille 28 n’est plus qu’un souvenir. Le capitaine m’a affecté il y a quelques jours un avion à deux moteurs c’est juste l’appareil opposé de celui qui me plairait. Moi qui voudrais avoir un petit appareil monoplace ; j’ai en place une grande maison avec 160 chevaux, deux moteurs, trois nacelles cela a 17 mètres d’envergure vous pouvez penser comme cela peut être maniable une mécanique pareille.
L’aviation a subi de lourdes pertes ces jours-ci dans notre région. En quelques jours ; une escadrille voisine de la nôtre a perdu quatre équipages c’est une escadrille de deux moteurs presque tous ont été abattus par des avions boches ; en général de ces fameux Fokker qui ont déjà fait tant de ravages.

[page 2] Je me demande de plus en plus si je ne vais pas demander à passer dans une escadrille Nieuport si le capitaine s’obstine à ne pas pouvoir m’obtenir un Nieuport. J’aime mieux chasser qu’être chassé. Ne faites pas attention aux fautes que je fais en écrivant je ne suis pas encore très fort sur la machine à écrire mais j’espère que cela viendra.
Voulez-vous dire à Jeanne que j’ai reçu son paquet de papier à lettres ; et que je l’en remercie. Je me suis rencontré dernièrement avec un appareil boche à double moteur, c’est un autre appareil que les nôtres et il est terrible de vitesse, il a surement deux ou trois mitrailleuses à bord car il tire de tous les côtés.
Je serais enchanté de recevoir l’appareil de Monsieur Perron, il est peut être intéressant, mais tous les gens qui se piquent d’être des inventeurs ont imaginé des viseurs plus ou moins baroques et qui sont inutilisables, quand ils sont exacts. De même qu’ils sont faux quand on peut s’en servir, je suis donc un peu sceptique mais je ne demande qu’à faire l’essai.

Je vous embrasse tendrement mon cher Papa ainsi que Jeanne.
Jean

 

Le « bled » – mot que Jean hérite de l’argot des troupes venant d’Afrique du Nord – où stationne Jean est situé sur le terrain de la bataille de Champagne. L’escadrille a installé son campement dans une ferme, dite « Ferme d’Alger », que l’on peut voir sur la photo ci-contre, prise par Jean Chaput.
Jean évoque un camarade « rappelé par l’aviation maritime ». Il s’agit du « meilleur camarade » de Chaput à l’escadrille, le second maître Lallemant, blessé grièvement à l’œil lors d’un vol avec Chaput par une antenne de TSF brisée. De retour de convalescence, Lallemant est appelé par la Marine qui emploie des pilotes notamment pour la protection des dirigeables, utilisés pour la défense anti-sous-marine. Cette mobilité rappelle qu’en 1915, l’affectation des escadrilles et du personnel d’aviation s’adapte encore très empiriquement à l’évolution du conflit. De façon générale l’organisation des escadrilles est encore très empirique et fluctuante.
L’avion que dédaigne Jean, qui vient de lui être attribué, est le Caudron G4. Imposant et difficile à manœuvrer, le G4 est un avion de bombardement. Fin 1915, l’aviation de bombardement connaît d’importants changements. Le bombardement nocturne s’impose malgré le manque de précision qu’il implique. Les bombardiers sont en outre protégés par une escorte de nouveaux chasseurs, les « bébés Nieuport ».
C’est un tel avion que Jean voudrait piloter. Cet appareil qui doit son surnom à sa petite taille, est particulièrement maniable et devient à l’automne 1915 le chasseur standard français et britannique. Il permet d’affronter les Fokker E1 et de regagner la supériorité aérienne perdue à l’été 1915. Les Fokker ont en effet deux faiblesses: bien moins maniables, ils ne volent jamais au-dessus des lignes françaises, afin de préserver le secret de leur armement.

 Das Niemandsland, wo Jean stationiert ist, befindet sich 60 km westlich von Verdun auf dem Schlachtfeld der Champagne.

Der „von den Marinefliegern zurückberufene“ Kamerad Lallemant ist ein Pilot, den Chaput mehrmals als seinen „besten Kameraden in der Staffel“ bezeichnet, insbesondere als dieser im Juni durch Chaputs bei einem Luftkampf zerstörte Funkantenne schwer am Auge verletzt wird. Er war daraufhin von Jeans Vater in Paris behandelt und aufgenommen worden. Nach seinem Genesungsurlaub wird Obermaat Lallemant von der Marine abberufen, die insbesondere zum Schutz der für die Ubootabwehr verwendeten Luftschiffe ebenfalls Piloten einsetzt. Diese Vielseitigkeit von Lallemant erinnert daran, dass 1915 die Zuteilung der Staffeln und des Personals der Fliegertruppe noch sehr empirisch, je nach Entwicklung der Kriegsgeschehnisse erfolgt.

Das Flugzeug, das Jean zugewiesen wird und für das er nur Verachtung empfindet, ist eine Caudron G4. Die imposante, aber schwer zu manövrierende Maschine ist zwar ein guter Bomber, doch Jean will „jagen“.

Ende 1915 gibt es umfangreiche Veränderungen bei den Bombenfliegern. Der Verlust von Maschinen ist enorm und soll durch das Bombardieren bei Nacht aufgehalten werden, auch wenn dies mit einem Verlust an Genauigkeit einhergeht. Die Bomber werden außerdem von den neuen Nieuport „Bébés“ begleitet. Genau dieses Flugzeug wollte Jean fliegen. Mit Hilfe dieses neuen und äußerst wendigen Jagdflugzeugs, das seinen Spitznamen seiner geringen Größe verdankt und im Herbst 1915 standardmäßig von Engländern und Franzosen geflogen wird, gelingt es, den Fokker E 1 zu trotzen und die im Sommer 1915 verlorene Luftüberlegenheit zurückzugewinnen. Mit zunehmender Anzahl an Maschinen entsteht so die Jagdfliegertruppe. Die Deutschen beginnen daraufhin, die Fokker in Kampfeinsitzer-Kommandos mit zwei oder vier Maschinen zusammenzufassen. Dadurch werden sie den Alliierten überlegen, obwohl sich die Anzahl der möglichen Einsätze verringert und die Fokker aus Geheimhaltungsgründen selten die französischen Linien überfliegen.

 

Transkription:

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  1. Oktober 1916 Fliegerstaffel C 28

Postsektor 133

 

Mein lieber Papa,

ich habe im Büro eine Schreibmaschine gefunden und freue mich, dass ich nicht mehr mit der Hand schreiben muss. Wir sind hier mitten im Niemandsland einige Kilometer vom nächsten Ort entfernt.

Die Fliegerstaffel befindet sich auf freiem Feld und wir übernachten daneben in Zelten, der Materialpark hat uns irgendwelche Feldbetten zur Verfügung gestellt, aber ich schlafe lieber im Stroh und das ist im Übrigen gar nicht mal viel schlechter. Vielleicht hatten Sie Besuch von Lallemant als er in Paris war. Er hat uns verlassen, da er von den Marinefliegern zurückberufen wurde. Wir haben es sehr bedauert, einen so netten Kameraden ziehen lassen zu müssen und er ist ein großer Verlust für die Staffel; die Anzahl der Piloten muss auf acht angehoben werden, sodass wir junge Piloten bekommen. Die alte Fliegerstaffel 28 ist Vergangenheit. Der Staffelführer hat mir vor einigen Tagen ein Flugzeug mit zwei Motoren zugewiesen, das genau das Gegenteil von der Maschine ist, die mir gefallen würde. Ich, der ich einen kleinen Einsitzer haben wollte,

bekomme stattdessen ein großes Haus mit 160 PS, zwei Motoren und drei Gondeln, das eine Spannweite von 17 Metern hat.

Sie fragen sich jetzt vielleicht, wie man eine solche Mechanik überhaupt bedienen kann. Die Luftfahrt hat in diesen Tagen schwere Verluste in unserer Region erlitten. Eine benachbarte Fliegerstaffel verlor innerhalb weniger Tage vier Besatzungen, es ist eine Staffel mit zweimotorigen Maschinen; fast alle wurden von Flugzeugen der Boches abgeschossen; meistens von diesen berüchtigten Fokker, die bereits so viele verheerende Schäden angerichtet haben.
[Seite 2]

Ich stelle mir immer häufiger die Frage, ob ich nicht meine Versetzung in eine Nieuport-Staffel beantragen soll, wenn der Staffelführer weiterhin behauptet, keine Nieuport für mich bekommen zu können. Mir ist es lieber zu jagen, als gejagt zu werden. Achten Sie bitte nicht auf die Fehler, die ich beim Schreiben mache. Ich bin noch nicht sehr gut im Maschinenschreiben, aber ich hoffe, das kommt noch. Richten Sie bitte Jeanne aus, dass ich ihr Päckchen mit Briefpapier bekommen habe und ihr dafür danke. Unlängst traf ich auf eine zweimotorige Maschine der Boches; das ist eine andere Maschine als unsere und sie ist wahnsinnig schnell. Sie hat sicherlich zwei oder drei Maschinengewehre an Bord, da sie von allen Seiten schießt. Ich würde mich sehr freuen, das Gerät von Herrn Perron zu bekommen, es ist vielleicht interessant, aber alle Leute, die sich rühmen, Erfinder zu sein, haben sich mehr oder weniger eigenartige Visiere ausgedacht, die unbrauchbar sind, wenn sie genau sind und brauchbar sind, wenn sie nicht richtig funktionieren. Ich bin also ein wenig skeptisch, doch ich würde es gerne einmal ausprobieren.

Ich umarme Sie liebevoll, mein lieber Papa, und ebenso Jeanne.

Jean

 

Jean is stationed on a farm – shown on this photograph taken by Chaput-, on land where the Battle of Champagne was fought.
The comrade who was “called up by naval aviation” is a pilot that Chaput calls his ”best friend in the squadron” : petty officer Lallemant. He was seriously injured in the eye by Chaput’s broken wireless telegraphy unit during aerial combat in June. He was then treated and made welcome in Paris by Jean’s father. On his return from convalescence, Lallemant is called up by the French navy which also uses pilots, especially to protect the dirigibles used for anti-submarine defence. Lallemant’s mobility is a reminder that in 1915 the allocation of aviation squadrons and personnel was still adapted very practically to the changing conflict.
The aeroplane which draws so much of Jean’s scorn and which he has just been allocated is the Caudron G4. Impressive and difficult to manoeuvre, the G4 is in fact a good bomber. At the end of 1915 aviation bombing underwent major changes. The number of night bombings–with the loss of precision that it entails–increases. What is more, the bombers are escorted by the new “Baby Nieuports”.
It is precisely these planes that Jean wants to fly. The new fighter plane, so nicknamed because of its diminutive size, is easy to handle, becoming in the autumn of 1915 the standard British and French fighter plane, thus making it possible to confront the Fokker E1 and to regain the air superiority lost in the summer of 1915. The Fokkers indeed hardly ever flew over French lines, to protect the secrecy of how these aircraft were equipped and that had made them so much superior to the former French aircrafts.

Transcription:

[page 1]
16 October 1916 Squadron C 28
S, P; 133

Dearest Father,

In the office, I discovered a typewriter and am therefore delighted not to have to use my quill anymore. We are now in the middle of nowhere, several miles from any form of accommodation. The squadron is settled in the middle of the field and we are sleeping in tents; the fleet provided us with beds that can be disassembled, but I prefer sleeping in the straw, and am fairly comfortable.
When passing through Paris, Lallemant may have called by, as he left us to join the air fleet in the Navy. We were all sad to see him go, as he was such a kind comrade and it was a great loss for the squadron; the number of pilots must be increased to eight, so we get sent young pilots. The old 28 squadron is now only a fond memory. A few days ago, the captain gave me a dual-engine plane, which is quite the opposite of what I wanted. I dream of having a small single-person craft; I now fly a large 160 HP plane, with two engines and three pods, the entire machine measuring 17 metres, so you can imagine how difficult it is to pilot such a huge craft. The air force has suffered heavy losses over the last few days in our region. In just a few days, a neighbouring squadron lost four crews: almost an entire two-engine squadron was killed by German planes; mostly because of the infamous Fokkers that have already destroyed so much.

[page 2]More and more I wonder if I shouldn’t ask to be moved to a Nieuport squadron, if the captain keeps adamantly saying he cannot move me to Nieuport. I prefer chasing than being chased. I’m sorry about any mistakes I may be making in this letter, I have not yet got used to the typewriter but I hope I will soon be more at ease.
Please tell Jeanne that I received her parcel with writing paper in it; please thank her for it.
I recently came up against a dual-engine German plane, which is quite different from ours and is terribly fast; it probably has about two or three machine guns on board as it shoots at us from all sides.
I would be delighted to get Mr Perron’s plane, as it could be interesting, but all those who consider themselves inventors imagined fairly baroque aiming devices that cannot be used, that is when they work at all. They are often inaccurate whenever we can use them, so I am a little sceptical, but would still like to try them out for myself.

All my love to you, my dear Father, and to Jeanne.
Jean


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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