18.03.1916: Jean percute un avion ennemi dans le ciel de Verdun | Jean Hits an Enemy Aeroplane in the Verdun Sky | Jean stößt am Himmel von Verdun mit einem feindlichen Flugzeug zusammen

Transcription:
 

18 mars 1916

Dans la matinée je fais une première croisière ; pas un ennemi en vue. Après le déjeuner, nouvelle sortie ; avec le  Capitaine. Pas de combat. …

… J’atterris à [rature] reprendre de l’essence.
A peine rentré à Ancemont, je repars sur des boches signalés. Ceux-ci restent invisibles, je continue donc ma promenade à la recherche d’une bonne fortune. Celle-ci ne tarde pas à se présenter sous la forme d’un bel LVG que j’attaque ; mais celui-ci ne se laisse pas faire ; il est plus haut que moi et je dois tirer avec la mitrailleuse à la main, celle-ci rate ; je réarme ; le boche tire toujours. Dégoutés, nous partons chacun de notre côté.
Une demi-heure après, même …

… décors ; Mon LVG revient dans nos lignes, mais à 3000 cette fois, moi je suis à 3800 [ illisibles ] lui, et je le laisse s’enfoncer vers le sud aussi loin qu’il voudra aller. Les 75 éclatent autour de lui, et il esquisse un virage ; c’est le moment pour moi ; un petit pincement au cœur ; et  je me jette dans l’irréparable. C’est alors la chute à pic ; le vent qui hurle dans les arbres et les câbles, et le moteur qui s’affole entre le plan et le capot ; je vois le grand biplan gris …

… qui grossit étonnamment. Les détails s’inscrivent ; les croix ; la queue la grosse mitrailleuse [ illisibles ] la tourelle.
J’amène cet ensemble au croisement de mon viseur ; et par deux fois, je presse ma poignée je vois une lueur dans l’appareil le passager tombe à la renverse dans sa tourelle et comme un vaisseau désemparé l’avion vire en montant. Je pressens la rencontre inévitable ; et instinctivement je remets plein moteur en regardant toujours par mon viseur.
La catastrophe arrive ; c’est le choc effroyable, …

… la collision épouvantable en plein ciel. A moins d’un mètre de ma figure, je vois la toile qui porte la large croix de fer se tordre et se plisser. Aussitôt que le grand craquement a retenti, je me sens choir en arrière et en tournant pendant que le moteur vibre frénétiquement j’ai l’impression que tout est brisé car j’ai reçu un choc sur l’épaule ; et je crois que c’est mon aile gauche qui s’est repliée. Je vois une trainée de flammes passer à mes côtés, et je me retrouve dans mon petit appareil qui a repris son vol, je suis …

… tout étonné de sentir les commandes qui répondent à nouveau. Je descends en larges spirales, et j’atterris, « comme une fleur ».

A Verdun où la doctrine est l’offensive à outrance, les configurations de combats sont aussi nombreuses qu’aléatoires et la tactique du chasseur est personnelle et empirique.

La collision survenue le 18 mars est un exemple de la marge d’improvisation du pilote.  Chaput laisse l’avion s’enfoncer dans les lignes françaises où il est plus intéressant de l’abattre – l’avion pourra être observé et le pilote fait prisonnier – et où le feu des DCA le rend plus vulnérable, il fond sur le LVG  quand celui-ci tourne car le virage fait ralentir l’appareil, et la surface exposée au tir est plus importante, mais le LVG se redresse et les appareils se percutent. Le LVG est littéralement déchiré par les hélices que Jean a eu le bon sens de lancer à pleine vitesse juste avant l’impact.

Ce duel se distingue par la violence qu’il déploie, tant celle du choc entre les deux avions que celle faite au corps des combattants. Plusieurs photographies montrent en effet le pilote allemand brûlé dans la carlingue, et Jean au-dessus de la dépouille noire et amputée. A la violence physique succède ainsi la violence morale du spectacle de la mort, quoiqu’il n’existe aucun témoignage connu de Jean sur cette vision.

Ce combat fait exception parce qu’il était admis parmi les pilotes qu’une collision était fatale aux deux pilotes, un moyen d’entraîner l’adversaire dans sa chute. Sa victoire du 18 mars (cf post)  permet donc à Jean d’ajouter une palme d’argent à sa croix de guerre et est d’être nommé sous-lieutenant. Jean tire de ce combat une fierté ambigüe : il refuse que son nom soit cité dans les journaux tout en regrettant le faible éclat de la citation qu’il reçoit. Dans une lettre à sa sœur, il accuse la hiérarchie militaire d’être hostile à tout ce qui sortirait des normes.

« C’est le moment pour moi ; un petit pincement au cœur ; et  je me jette dans l’irréparable » a été censuré dans l’édition des lettres de Chaput de 1920. Cette suppression de l’expérience intime laisse entrevoir l’injonction faite aux « As » de ne ressentir ni doute ni remords.

 

In Verdun, where the prevailing doctrine is for all-out offensives, combat configurations are as numerous as they are random and fighters’ tactics are purely practical; thus in the first combat where Jean, just below his adversary, cannot use his machine gun, he attacks an aeroplane with his shoulder as weapon!

The third battle which occurs, however, leaves Jean more margin to develop a strategy. He lets the (enemy) aeroplane go deeper into the French lines where it is more interesting to shoot it down and where the air defence fire makes it more vulnerable. If Jean attacks when the LVG is turning it is because the turn makes the aircraft slow down, and there is a greater surface exposed to fire. He then has to get as close as possible to his adversary to have a chance of reaching him, and do this as quickly as possible.  But here the LVG straightens up at the same time as Jean swoops down on him. When the aircraft collide, the LVG is torn by the propellers that Jean had the good sense to run at full speed just before impact.

This combat was written about extensively at the time. The press enthusiastically relays the event to the point that Suzette (see post 29.08.2015), is questioned by a soldier taking the same train as her who sees her with a photo of the LVG all carved up! Jean takes ambiguous pride in this combat: he will not have his name quoted in the newspapers but regrets the weak wording in the mention he receives. In a letter to his sister he accuses the military hierarchy of being hostile to anything out of the ordinary.

“This is my moment; there’s a little twinge in my heart; and I fling myself into the irreparable” was censured in the publication of Chaput’s letters in 1920 and yet it is one of the rare moments when a little of Jean’s inner experience appears.

 
Transcription:
 

18th March 1916

All my life I’ll remember this day as it may be memorable above all others. Early in the morning I went to Ancemont after again fixing the support of my machine gun damaged during combat the day before.
In the morning I do an initial cruise; no enemy in sight. After lunch, another sortie; with the Captain. No combat. …

… I land at [crossed out] to get more petrol. I’ve barely got back to Ancemont, I’m off again to reported Boches. They remain invisible, so I continue my trip in search of good luck. This takes no time to turn up in the shape of a beautiful LVG that I attack; but it doesn’t let itself be pushed around; it’s higher than me and I have to shoot with the machine gun in my hand, it fails, I reload, the Boche is still firing. Fed up, we each go our way. Half an hour later, the same …

… scenario; my LVG comes back over our lines, but at 3,000 this time, as for me I’m at 3,800 [illegible] him, and I let him go down south as far as he wants to go. The 75s explode around him, and he makes a move to turn; this is my moment; there’s a little twinge in my heart; and I fling myself into the irreparable. Then it’s a sheer drop; the wind howling in the trees and cables, and the engine panicking between the bulwark and the cowling; I see the big grey biplane …

… which swells up surprisingly. The details are engraved in my mind; the crosses, the tail the fat machine gun [illegible] the turret. I get all this in my sights; and twice, I squeeze my fist I see a light in the aircraft the passenger falls backwards in his turret and like a ship lost at sea the aeroplane turns as it climbs. I foresee the inevitable encounter; and instinctively I give the engine full throttle all the while looking in my gun-sight. Catastrophe hits; it’s a terrible shock, an appalling mid-air collision. …

… Less than a yard from my face I see the canvas bearing the large iron cross twist and fold. As soon as the great crack sounded, I felt myself fall backwards, and turning while the engine flutters wildly I have the impression everything is broken as I felt an impact on my shoulder; and I think it’s my left wing which is bent over. I see a trail of flames at my side and I find myself in my little aircraft which has resumed flight, and I am …

… quite astonished to feel the controls respond again. I descend in wide spirals, and I land “just like that”.

 In Verdun, wo der Grundsatz der totalen Offensive galt, waren die Kampfkonstellationen ebenso zahlreich wie zufällig und die Taktik des Jagdfliegers wurde von diesem selbst bestimmt und beruhte auf dessen Erfahrungen.

Der Zusammenstoß am 18. März ist ein Beispiel für den Improvisationsspielraum der Piloten. Chaput ließ das feindliche Flugzeug in die französischen Linien eindringen, da es interessanter war, das Flugzeug hier abzuschießen – das Flugzeug konnte untersucht und der Pilot gefangengenommen werden – und es dort durch das Feuer der Flugabwehr verwundbarer wurde. Er stürzte sich auf die LVG als diese abdrehte, denn durch die Kurve wurde das Flugzeug langsamer und die Angriffsfläche größer. Doch die LVG zog wieder hoch und die beiden Flugzeuge stießen zusammen. Die LVG wurde von den Propellern, die Jean kurz vor dem Aufprall richtigerweise auf volle Geschwindigkeit gebracht hatte, buchstäblich zerrissen.

Dieses Duell zeichnet sich vor allem durch seine Heftigkeit aus, sowohl was das Aufeinanderprallen der beiden Flugzeuge anbetrifft als auch die physischen Folgen für die Kämpfer. Mehrere Fotografien zeigen in der Tat den in seiner Kanzel verbrannten deutschen Piloten und Jean über den verkohlten und verstümmelten sterblichen Überresten. Der physischen Gewalt folgte somit die psychische Gewalt des Todesspektakels, auch wenn diese Betrachtungsweise nicht durch Jean bezeugt wurde.

Dieser Kampf stellte eine Ausnahme dar, denn die Piloten wussten, dass ein Zusammenstoß für beide Piloten fatal war, ein Mittel um den Gegner bei seinem Absturz mitzureißen. Jeans Sieg am 18. März (siehe Post) brachte ihm einen silbernen Palmenzweig auf seinem Kriegskreuz sowie die Beförderung zum Leutnant (sous-lieutenant). Jeans Stolz auf seinen Sieg war zwiespältig: Einerseits wollte er nicht, dass sein Name in den Zeitungen erwähnt wird. Andererseits bedauerte er das geringe Ansehen der ehrenvollen Erwähnung, die er erhielt. In einem Brief an seine Schwester bezichtigte er die Militärhierarchie, allem, was außerhalb der Norm liege, ablehnend gegenüberzustehen.

„Jetzt war mein Augenblick gekommen: Schweren Herzens stellte ich mich dem Schlimmsten“: Diese Passage wurde aus den 1920 veröffentlichten Briefen von Chaput gestrichen. Diese Zensur der ganz persönlichen Erfahrung deutet darauf hin, dass die „Fliegerasse“ den Befehl erhielten, weder Zweifel noch Schuldgefühle zu zeigen.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. März

Solange ich lebe, werde ich mich an diesen Tag erinnern, da er von allen Tagen der unvergesslichste sein könnte. Früh am Morgen startete ich nach Ancemont, nachdem ich zuvor erneut veranlasst hatte, dass die Halterung meines während des Kampfes am Vortag beschädigten Maschinengewehrs wieder in Ordnung gebracht wird.
Am Vormittag unternahm ich einen ersten Flug; kein Feind in Sicht. Nach dem Mittagessen flog ich erneut; mit dem Staffelführer. Kein Kampf.

[Seite 2] Ich landete in [Streichung], um aufzutanken. Kurz nach meiner Rückkehr nach Ancemont brach ich wieder auf, da man Boches gemeldet hatte. Diese blieben jedoch unsichtbar und ich setzte meinen Ausflug auf der Suche nach einem glücklichen Zufall fort. Dieser ließ nicht lange auf sich warten und am Himmel tauchte eine schöne LVG auf, die ich angriff. Doch sie wehrte sich; sie war höher als ich und ich musste das Maschinengewehr mit der Hand bedienen. Der Schuss ging daneben und ich lud nach. Der Boche schoss immer noch. Wir hatten schließlich genug und unsere Wege trennten sich. Eine halbe Stunde später die gleiche

[Seite 3] Szenerie: Meine LVG kehrte in unsere Linien zurück, aber dieses Mal bei 3.000, ich war bei 3.800 [unleserlich] ihm, und ich ließ ihn so weit in südlicher Richtung eindringen wie er wollte. Die 75er schlugen um ihn herum ein und er deutete eine Schleife an. Jetzt war mein Augenblick gekommen: Schweren Herzens stellte ich mich dem Schlimmsten. Ich ging zunächst in den Sturzflug; der Wind, der in den Wellen und Seilen heulte und der Motor, der zwischen der Tragfläche und der Haube durchdrehte. Ich sah, wie der große graue Doppeldecker

[Seite 4] immer größer wurde. Man konnte jetzt auch Details erkennen: die Kreuze, das Heck, das große Maschinengewehr [unleserlich], die Gefechtskanzel. Ich nahm dies alles ins Visier und als ich meinen Griff zum zweiten Mal drückte, sah ich im anderen Flugzeug einen Lichtschein, der Beobachter fiel in seinem Cockpit hintenüber und das Flugzeug drehte wie eine manövrierunfähiges Schiff ab während es stieg. Ich ahnte, dass ein Zusammenstoß unvermeidbar sein würde und drehte deshalb instinktiv den Motor voll auf, während ich durch mein Visier blickte. Es kam zur Katastrophe: ein furchtbarer Zusammenprall,

[Seite 5], ein unvermeidbarer Zusammenstoß in großer Höhe. In einem Abstand von weniger als einem Meter von mir sah ich, wie sich die Bespannung mit dem großen Eisernen Kreuz verdrehte und Falten warf. Sobald ein starkes Krachen zu hören war, hatte ich das Gefühl, nach hinten zu fallen und während ich meine Kreise zog und der Motor heftig vibrierte, hatte ich den Eindruck, alles sei kaputt, da ich einen Stoß gegen die Schulter bekommen hatte. Und ich glaubte, dass es mein linker Flügel war, der sich umgebogen hatte. Ich sah einen Flammenschweif an mir vorbeiziehen und fand mich in meinem kleinen Flugzeug wieder, das wieder flog. Ich war

[Seite 6] ganz erstaunt, als ich spürte, dass mein Steuerruder wieder reagierte. Ich kam in weiten Spiralen herunter und landete „wie eine Blume“.

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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