15.09.1915 : Les frustrations de Jean | Jean’s Frustration| Jean ist frustriert

Transcription:
 

[page 1]
15 septembre 1915

Mon cher Papa

Excusez-moi d’être resté aussi longtemps sans vous écrire. J’avais égaré votre adresse à la Bombarde mais comme j’ai écrit à Jeanne, je pense que vous avez eu des nouvelles de moi et que vous n’avez point été inquiet. Je n’ai d’ailleurs absolument rien fait depuis ce temps qui mérite la peine d’être raconté, trop peu à mon gré même. C’est pourquoi je vous prie de transmettre mes doléances à Monsieur Chéron qui

[page 2] avait été assez aimable pour me proposer son puissant appui au cas où les choses n’iraient pas à mon gré. Je voudrais que vous lui mettiez en évidence tous les points suivants
– Ce qu’il sait déjà, que j’ai la médaille militaire et trois citations.
– Que j’ai été blessé au cours d’un combat avec un avion ennemi.
– Que à la suite de cela j’ai demandé à piloter un avion de chasse à mitrailleuse tirant à travers l’hélice.
– Cette demande est partie il y a plus d’un mois faite

[page 3] par le Capitaine Volmerange et en des termes aussi élogieux que possible à mon sujet.
– Depuis ce temps on n’a même pas daigné y répondre.
– Je me trouve actuellement uniquement avec un Caudron ordinaire alors que pendant 3 mois j’ai fait la chasse sur Parasol Morane, le plus souvent sans mitrailleuse. Cet appareil qui était devenu fatigué et démodé a fini par rester à la peine et on ne m’a rien donné pour le remplacer, moi qui avais toujours eu deux appareils à l’escadrille.
– Je me trouve un peu découragé

[page 4] et même écœuré et cela d’autant plus, et mettez le bien en évidence à Monsieur Chéron, que à la R.G.A. (Réserve générale) on donne de ces appareils à certains pilotes qui n’ont pas à beaucoup près fait leurs preuves comme moi, et même à des jeunes. Je citerai entre autre Labuteau, qui jamais n’avait été au front. Quand on l’a forcé à partir il a eu d’autorité un monocoque Morane parce qu’il était bien avec tout le monde et près du soleil. C’est un vieux pilote mais depuis la guerre il a toujours été dans les écoles. A des marins qui jamais n’avaient eu d’appareils de chasse, on a donné presque de force des Morane tirant dans l’hélice. Ils s’appellent Carpier et Jauvier (les pilotes).

[page 5] Pourquoi mes demandes n’aboutissent pas je n’en sais rien, mais je me trouve presque en disgrâce. Je trouve que comme récompense c’est maigre. Je crois que le directeur de l’aéronautique à la 10ème armée y est pour une grande partie. On ne m’y connaît pas du tout car nous sommes passé [sic] de la 2ème armée à la 10ème pendant que j’étais blessé. Je me trouve donc complètement isolé et sans moyen d’action, tout comme le Capitaine Volmerange, parce que

[page 6] nous sommes sur le front et que nous ne pouvons pas aller pleurer auprès du commandant un tel ou du colonel « machin ». Pour le moment nous sommes au repos. Cela n’a donc pas une très grande importance, mais le temps que je perds à ne rien faire ici serait mieux employé à m’entraîner sur un nouvel engin.

Je finirai en vous disant que l’on m’avait promis de me faire passer sous-lieutenant et que là encore on a l’air de s’être moqué de moi. Dites ce que vous voudrez mais tout cela n’est guère encourageant. Les galons je m’en moque, mais au moins que l’on me donne un appareil.
Je vous embrasse.
Jean

Depuis sa lettre d’il y a quinze jours, Jean n’a cessé de « déménager » quoique dans un rayon toujours resserré. C’est une période d’accalmie sur le front et Jean est tout juste revenu de repos avec sa division, non loin de Saint-Pol et de la mer. Il y bénéficiait d’un confort indéniable, comme en témoigne une lettre du 7 septembre « Les boches sont loin, il n’y a plus de service c’est délicieux. Pendant quelques temps nous allons enfin pouvoir faire de l’aviation pour notre agrément. »

Revenu au front, Chaput s’énerve toutefois de ne pouvoir utiliser ce temps à s’entraîner sur le Morane monocoque équipé du système de tir à travers l’hélice, en raison du mauvais temps. Il rédige alors des doléances à l’attention d’une certain Chéron. Il s’agit du sénateur Henri Chéron qui fut également sous-secrétaire d’état à la Guerre de 1906 à 1909. Très connu à l’époque et très influent, celui que l’on surnommait parfois « la petite fée barbue des soldats » en raison du soin qu’il portait aux conditions de vie des hommes au front, était le voisin des Chaput à Paris.

La frustration et la rancœur de Jean, ainsi que son orgueil, sont évidents lorsqu’il brandit sa blessure du 9 juillet comme argument pour avoir un appareil de chasse. Il évoque un certain découragement lié à l’absence de reconnaissance qu’on lui témoigne. L’argument du découragement est un argument de poids dans une guerre d’usure où l’on prend conscience de la nécessité de maintenir la motivation des troupes.

Au soir du 15 septembre, Chaput est hospitalisé pour une angine particulièrement agressive, d’un type très répandu dans les tranchées à cause de la faiblesse générale des individus et de l’absence l’hygiène. Jean ne peut donc pas suivre l’escadrille qui déménage à une centaine de kilomètres vers le Sud.

 Seit seinem Brief vor zwei Wochen ist die Staffel von Jean ständig „umgezogen“, wenn auch nur in einem sehr engen Radius. An der Front ist es zu dieser Zeit in der Tat sehr ruhig und Jean, der seinem Vater „nichts zu erzählen hat“, ist gerade erst von einem Erholungsaufenthalt mit seiner Division in der Nähe von Saint-Pol und vom Meer zurückgekehrt. Er genoss dort offensichtlich viele Annehmlichkeiten, wie die Postkarte an seine Schwester vom 08. September, die er am Strand schrieb („Beim Spaziergang, sei lieb umarmt“), und sein Brief vom 7. September zeigen: „Die Deutschen sind weit weg, es gibt keine Einsätze, ein schönes Gefühl. Wir werden jetzt endlich für eine gewisse Zeit zu unserem Vergnügen fliegen können“.

Nach seiner Rückkehr an die Front regt sich Jean jedoch darüber auf, dass er die Zeit, die ihm aufgrund der geringen Intensität der Kämpfe zur Verfügung steht, nicht nutzen kann, um auf der mit einem Unterbrechergetriebe ausgestatteten Morane-Monocoque (Schalenrumpf) zu üben. Er verfasst deshalb eine Beschwerde an einen gewissen Chéron. Dabei handelt es sich um keinen geringeren als Senator Henri Chéron, der von 1906 bis 1909 auch Staatssekretär im Kriegsministerium war. Dieser seinerzeit sehr bekannte und einflussreiche Mann, dem die Lebensbedingungen der Männer an der Front am Herzen lagen und der deshalb zuweilen auch „die kleine bärtige Fee der Soldaten“ genannt wurde, war der Nachbar der Familie Chaput in der Avenue d’Eylau 21 in Paris.

Chaputs Verletzung vom 9. Juli ist für ihn ein wichtiges Argument, um seinen Antrag auf ein neues Jagdflugzeug zu rechtfertigen. Die Enttäuschung und der Groll Jeans sowie sein Stolz sind offensichtlich; er schreibt von einer gewissen Entmutigung angesichts der mangelnden Anerkennung, die man ihm entgegenbringt. In einem Abnutzungskrieg, in dem jeder weiß, wie wichtig es ist, die Motivation der Truppen aufrechtzuerhalten, wiegt das Argument der Mutlosigkeit schwer.

An dem Tag, an dem Chaput diesen Brief schreibt, ist er krank: Er hat sich „eine üble Angina“ zugezogen, die besonders aggressiv ist und aufgrund der allgemeinen Schwäche der Soldaten und der mangelnden Mundpflege in den Gräben häufig vorkommt. Jean wird deshalb am Abend des 15. ins Krankenhaus eingewiesen und kann nicht zusammen mit seiner Staffel hundert Kilometer weiter südlich verlegen.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. September 1915

Lieber Vater,

Entschuldigen Sie, dass ich Ihnen
so lange nicht geschrieben habe. Ich habe Ihre
Adresse in La Bombarde verlegt, aber da ich
Jeanne geschrieben habe, denke ich, dass Sie
Neuigkeiten von mir haben und dass Sie
nicht beunruhigt waren. Im Übrigen habe ich
seither absolut nichts gemacht,
was erwähnenswert wäre, meiner Ansicht nach
sogar zu wenig. Deshalb
bitte ich Sie, sich in meinem Namen bei Herrn Chéron
zu beschweren, der

[Seite 2]
mir freundlicherweise seine
tatkräftige Unterstützung angeboten hat für den Fall, dass
die Dinge nicht nach meinem Wunsch laufen.
Ich möchte, dass Sie ihm gegenüber die folgenden Punkte
deutlich machen
– dass ich eine Tapferkeitsmedaille und
drei ehrenvolle Erwähnungen habe,
was er bereits weiß,
– dass ich bei einem Kampf mit
– einer Feindmaschine verletzt wurde
– dass ich danach-darum gebeten habe,
ein Jagdflugzeug mit
Maschinengewehr zu fliegen, das durch
den Propellerkreis feuert.
– Dieser Antrag wurde
– vor über einem Monat

[Seite 3]
von Hauptmann (Capitaine) Volmerange gestellt, der sich
darin sehr lobend über meine Person
geäußert hat.
– Seither hat man es nicht einmal für
nötig befunden, darauf zu antworten.
– Zurzeit habe ich nur eine
– einfache Caudron,
während ich drei Monate lang
andere Flugzeuge mit einer Morane Parasol gejagt habe,
meistens ohne Maschinengewehr.
Diese abgenutzte und
in die Jahre gekommene Maschine
bereitete schließlich nur noch Schwierigkeiten und man
hat mir keinen Ersatz gegeben, mir, der
immer zwei Maschinen
in der Staffel hatte.
– Ich bin ein wenig entmutigt,

[Seite 4]
ja sogar empört, und dies umso
mehr – und erwähnen sie dies ruhig
gegenüber Herrn Chéron – als bei der allgemeinen
Reserve (Réserve générale) einige Piloten, die bei
weitem nicht so erfahren sind wie ich
und sogar junge Männer diese
Maschine bekommen.

Ich möchte hier unter anderem Labuteau nennen, der
niemals an der Front war. Als
er gezwungen wurde, an die Front zu gehen, bekam er
einfach so eine Morane Monocoque, weil
er sich mit allen gut verstand und
der Sonne nahe war. Er ist seit langem Pilot, aber
seit dem Krieg war er immer in Schulen.
Marinesoldaten, die niemals
Jagdflugzeuge hatten,

werden die durch den Propeller feuernden
Morane nahezu aufgedrängt. Sie heißen
Carpier und Janvier (die Piloten).

[Seite 5]
Ich weiß nicht, weshalb meine Forderungen ins Leere
laufen, aber ich habe fast den Eindruck,
dass ich in Ungnade gefallen bin. Ich finde das
als Belohnung sehr mager.
Ich glaube, dass der Leiter der Fliegertruppe
bei der 10e Armée zum großen Teil
dafür verantwortlich ist. Man kennt mich
dort überhaupt nicht, denn als ich
verwundet war, sind wir von der
2e Armée zur 10e Armée gekommen.
Ich bin also vollkommen
abgeschnitten und mir sind die
Hände gebunden wie auch
Hauptmann (capitaine) Volmerange, da

[Seite 6]
wir an der Front sind und nicht
zu irgendeinem Major oder
Oberst „Dingsbums“ gehen können,
um ihm unser Leid zu klagen.

Zurzeit ruhen wir uns aus.
Deshalb ist es nicht so wichtig,
aber die Zeit, die ich hier
durch Nichtstun verliere, wäre
besser in meine Ausbildung auf
einer neuen Maschine investiert.
Zum Schluss möchte ich Ihnen noch mitteilen,
dass man mir versprochen hat, mich zum
Leutnant zu befördern und dass es auch hier
den Anschein hat, als sei ich ihnen gleichgültig.
Sie können sagen, was Sie wollen, aber dies alles
ist wenig ermutigend. Die Beförderung ist
mir egal, aber dass man mir wenigstens
eine Maschine gibt. Seien Sie herzlichst gegrüßt

Jean

Since his letter sent a fortnight ago, Jean’s squadron has not stopped “moving around”, although in a fairly small radius. The front is in fact fairly quiet at the moment, and has only just returned from a recovery period with his division near Saint-Pol and the sea. His life was undeniably comfortable there, as shown by his letter dated 7 September “The Hun are far away, it’s fantastic not to have to fight. We will be able to fly for own pleasure for a while. “.

However, once back on the front, Chaput was angered not to be able to make the most of the quiet time with no fighting to practice on the Morane monohull, fitted with a shooting system that could aim between the propeller blades. He worded his complaints in a letter to someone named Chéron. He was in fact none other than Senator Henri Chéron, who was also the Under-Secretary of State for War from 1906 to 1909. Well-known and highly influential at the time, the one often nicknamed “the bearded fairy of the soldiers” (because of the careful attention given to the men’s quality of life in the front) was the Chaput family’s neighbour.

His injury on 9 July became one of Chaput’s main arguments for justifying his request for a new fighter plane. Jean’s frustration and resentment were obvious, as was his pride; he brought up how discouraged he felt following the lack of recognition in his regard. His discouragement played a huge role in a war during which people were realising how important troop motivation was.

The day Chaput wrote this letter he was ill: he caught a particularly bad throat infection, as did many others in the trenches, due to the soldiers’ overall weakness and lack of oral hygiene. Jean was sent to hospital on the 15th in the evening, and was not able to follow his squadron that moved just over 60 miles to the South.

 
Transcription:
 

[page 1]
15 September 1915

Dearest Father,

I’m sorry that I didn’t write for so long. I lost your
address during the bombing, but as I wrote
to Jeanne I thought she may have
given you some news so you
would not need to worry. I actually
haven’t done anything worth recounting
since the last time I wrote, too little
for my liking in fact. This is why
I would like for you to send my
condolences to Mister Chéron, who

[page 2]
was kind enough to offer me
his support in case things
should not work out as I had planned.
I would like for you to highlight
the following cases in point:
– He already knows that I
have been awarded a military medal and mentioned three times.
– I was injured during
a battle against an enemy craft.
– Following that,
I asked to fly a machine gun-fitted
fighter plane that could shoot
between the propellers.
– This request was issued
more than a month ago

[page 3]
by Captain Volmerange, who
had nothing but good things
to say about me.
– Since then,
no response at all has been sent.
– I now only have
an ordinary Caudron,
whereas for the last 3 months
I have been fighting on a Parasol Morane,
most often without a machine gun.
This plane, which had become
weary and old fashioned, finally
gave up on me, but I was given nothing
to replace it, even
though I had always had two planes
during my time in the squadron.
– I feel a little discouraged,

[page 4]
and even disgusted
– please state this clearly to
Mr Chéron – by the fact that in the French RGA
(General Reserve) these planes
are given to pilots who
have not even proven their worth like
I have, and even to young flyers.
One example amongst many is Labuteau,
who had never even been to the front. When
he was forced to go, he was immediately
provided with a Morane monohull, as
he got on well with everyone and
was close to the powers that be. He is quite an old pilot, but since
the war he has only ever stayed in the schools.
Marines who had never even flown
fighter planes were also given
Moranes that could shoot
through the propellers. Their names are
Carpier and Jauvier (the pilots).

[page 5]
Why my requests never get through
is a mystery, but I
almost feel disgraced. I consider it a poor
reward for all I have done.
I think the aeronautics director
of the 10th army has a great deal
to do with it. No one knows
me there, as we went
from the 2nd army
to the 10th when
I was injured. I am therefore
completely isolated and have no
means of action, just like
Captain Volmerange, as

[page 6]
we are on the front and
are not able to plea with
our commander or
colonel.
For now we are
resting. Our actions are thus not overly
important, but
any time I lose doing nothing
here would be better served practising
on a new craft.

I will end this letter by saying that
I was promised an upgrade
to second lieutenant, and that once again
it was a complete joke.
Say what you like, none
of this is particularly encouraging. I do not care much about
my grade, but I at least would like
a new plane. All my love to you.
Jean


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

More Information|Mehr Informationen|plus d'informations
Jean Chaput