30.04.1916: Combat aérien et expérimentations | Air Combat and Experimentations

Transcription:

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30 avril

L’aviation allemande se souviendra de cette journée ; elle a voulu montrer de l’activité, mais elle l’a payé cher. Un Aviatik tout neuf et chargé de bombes a été abattu par le canon. Un Albatros a dû atterrir du côté de Ste Menehould par suite de balles dans le moteur. Un autre avion est tombé du côté de Verdun ; enfin j’ai abattu un Fokker.

J’avais été réveillé vers 5h par tout un vacarme de bombes, de moteur, éclatement d’obus contre avion etc. Je me suis habillé en hâte et j’ai bondi dans mon…

[page 2] appareil. Naturellement une fois à bonne hauteur il n’y avait plus un avion en vue. Je passe dans les lignes aux environs de 4000m. Et tout d’un coup j’aperçois un Fokker juste au-dessous de moi. Il se dirigeait vers le Nord. Pensant qu’il m’avait vu, puisque j’étais passé au-dessus de lui, j’ai fait différentes épreuves et suis arrivé à la conclusion qu’il m’ignorait. Je m’en suis rapproché sans me presser et à qq mètres j’ai tiré. Un coup d’abord. Il a paru s’émouvoir et a commencé à piquer. Je le vois dans ce mouvement et après deux essais infructueux je

[page 3] décide la mitrailleuse à tirer 3 coups de suite . Alors ce fut la débâcle le coup de grâce ; et le monoplan commença une descente affolante en tournoyant dans tous les sens et passant même sur le dos. Aussitôt cela constaté je m’occupais de moi-même et je vois un autre Fokker qui était assez loin de moi et qui semblait me gagner en piquant à ma poursuite. Je l’ai vu qui tirait de très loin : car je n’entendais même pas le son bien connu et je voyais les petits flocons des balles explosives. Je m’en suis débarrassé en prenant de la hauteur. Voyant cela, il a fait demi-tour de suite.

[page 4] J’ai eu une fausse joie par la suite : nous partons voir un avion abattu, et je tombe sur un Aviatik, fort intéressant d’ailleurs. Ce n’est que par la suite que l’on nous a annoncé que le Fokker était tombé juste derrière la première ligne allemande.

J’ai eu le plaisir de pouvoir rapporter de l’Aviatik qq unes de ces fameuses balles explosives. Ça n’est pas sans une certaine satisfaction d’amour propre que j’ai vérifié en en démontant une que les hypothèses que j’avais faites au sujet de leur fonctionnement explosif et fusant. Toutes mes prévisions se sont réalisées point par point, et ce sont des

[page 5] engins terribles. Heureusement que les boches ne savent pas s’en servir.

 

Fin avril 1916, alors que la bataille de Verdun fait rage depuis février, les Français sont en passe de reprendre la supériorité aérienne, perdue au début de la bataille. Dans les notes de Chaput on devine un soubresaut de l’aviation adverse, manifestement conclu par un échec puisqu’il mentionne la perte d’un appareil neuf.

L’aérodrome de Chaput est relativement proche de la ligne de front puisqu’il peut entendre les attaques ennemies mais quitte son casernement trop tard pour intercepter les assaillants. Il croise tout de même deux appareils, dont un abattu par ses soins. Les pilotes allemands semblent vouloir éviter la confrontation directe.

Chaput est déçu de ne pas pouvoir faire homologuer sa victoire (le vaincu s’étant écrasé derrière les lignes allemandes).

Chaput se révèle très intéressé par les questions d’armement puisqu’il formule et vérifie des théories qu’il a lui-même énoncées sur les munitions explosives ennemies en les manipulant personnellement. En ajoutant un commentaire moqueur sur leur emploi par les Allemands…

At the end of April 1916, the Battle of Verdun was raging since February. The French were about to take back air superiority, lost at the beginning of the battle. In Chaput’s note, the German aircraft seems to be struggling, apparently in vain since a brand new plane is mentioned to be lost.

Chaput’s aerodrome was relatively close of the frontline since he could hear enemy attacks, but left his barrack too late to intercept the assailants. He still came across two planes, and shot down one of them. German pilots seemed to be avoiding direct confrontation.

Chaput was disappointed to not see his victory being acknowledged (the loser having crashed behind German lines).

Chaput revealed himself to be very interested by weaponry, since he formulated and verified by himself theories of his own on enemy explosive ammunitions. He handled them personally, and didn’t miss on making a mocking comment on their use by the Germans…

 

Sainte Menehould – French town in the Argonne Forest area
Boches – French pejorative term for Germans, equivalent of “Huns”

 

Transcription:

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April 30th

The German air force will remember this day; they tried to be somewhat active, but paid dearly for it. A brand new Aviatik loaded with bombs was shot down by the artillery. An Albatros had to land in the area of Sainte Menehould after taking some bullets in the engine. Another plane fell around Verdun; lastly I took down a Fokker.

I was awaken around 5 am by a racket of bombs, engines, shells bursting against planes etc. I quickly dressed up and jumped in my machine.

[page 2] Naturally once I was at a good height, there was no plane in sight anymore. I go over the lines at approximately 13 000 feet. And suddenly, I see a Fokker right underneath me. He was heading North. Thinking he saw me, since I went over him, I made a few tests and came to the conclusion that he was ignoring me. I came close to him without hurrying and a few feet away I opened fire. One shot first. He seemed to be affected and started to plunge. I see through his move and after two unsuccessful tries I

[page 3] convince the machine gun to shoot three times in a row. Then it was the debacle the knockout; and the monoplane initiated a maddening descent by spinning in every direction, and even going on its back. Once I noted that, I took care of myself and I see another Fokker, which was rather far away from me, and seemed to gain on me by plunging to pursue me. I saw him shoot from far away: because I couldn’t even hear the well known sound, and I was seeing the small explosive bullets snowflakes. I got rid of him by going up. Seeing that, he turned tail right away.

[page 4] I had a false joy afterwards: we leave to see a plane shot down, and I stumble upon an Aviatik, very interesting actually. It was only afterwards that it was announced the Fokker fell just behind the German first line.

I had the pleasure to be able to bring back from the Aviatik some of these famous explosive bullets. By disassembling one, I checked the theories I made about their fusing and exploding operation, not without a certain self-esteem satisfaction. All my previsions came true point by point, and these are

[page 5] terrible machines. Thankfully the Boches don’t know how to use them.

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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