26.07.1916: Jean est touché | Jean Is Shot | Jean wird getroffen

 Le 26 juillet 1916, Jean, revenu quelques jours avant de permission, est blessé en combat. Alors qu’il affronte un Aviatik, une balle de mitrailleuse lui fracture la cuisse et traverse son épaule. Jean se laisse d’autant plus surprendre qu’il était en position de supériorité en se trouvant au-dessus de l’ennemi. Mais le pilote de l’Aviatik parvient à l’atteindre depuis en-dessous. Le combat a lieu dans la région de Douaumont, un des forts stratégiques du front de Verdun mais, en dépit de son état, c’est à bonne distance de l’aérodrome du secteur que Jean choisit de se poser : à Ancemont à proximité d’un hôpital.

En 1916, la question que soulève une telle blessure est celle de l’amputation. L’ampleur des dégâts infligés aux membres, le manque de temps pour soigner les blessés, les conditions variables d’hygiène, rendent parfois difficiles le soin et la conservation du membre. Ainsi, si au début du conflit l’attitude abstentionniste dominait – abandon thérapeutique -, en 1916 en revanche, l’attitude interventionniste s’impose en raison notamment de l’amélioration des conditions de prise en charge permises par la guerre de position et de l’effet dévastateur sur le moral des troupes des abandons thérapeutiques. Les médecins du front ont par conséquent souvent recours à l’amputation.

Heureusement pour Jean, son père est un chirurgien émérite, membre de la Société de Chirurgie qui réfléchit activement aux questions médicales posées par la guerre. Il est le chef du service des blessés militaire à l’hôpital Lariboisière à Paris. Jean peut donc être hospitalisé dans la capitale dès le lendemain de la blessure et échappe ainsi à l’amputation. Le musée de l’Air et de l’Espace conserve le récépissé du service des ambulances de Paris qui a transporté Jean Chaput de la gare de l’Est à l’hôpital Lariboisière.
Toutefois, la gravité de la fracture impose une convalescence longue : Chaput ne retourne sur le front qu’en mars 1917.

 On the 26th July 1916 Jean was wounded in combat just after returning from leave a few days earlier. Whilst in combat with an Aviatik, a machine gun bullet had fractured his thigh then passed through his shoulder. Jean found this all the more of a shock as he had been dominating his enemy from an overhead position. The Aviatik pilot however, managed to shoot him from below. Although this battle took place above the Douaumont region, one of the strategic garrisons of the Verdun front, and despite his condition, Jean chose to land at an Aerodrome some distance from this sector; close to a hospital at Ancemont.

In 1916, the prospect of amputation immediately comes to mind after such an event.  The extent of the injuries; the lack of time to treat wounds; uncertain hygiene; all made providing medical care and saving limbs difficult. Thus, at the start of the war whilst the attitude to such injuries had been to abstain from direct intervention, by 1916 the static nature of the conflict had enabled better therapeutic conditions to be established and the need to maintain moral by sanative action. The front-line doctors therefore often resorted to amputation.

Fortunately for Jean, his father was a skilled surgeon and Member of the Society of Surgeons who were actively evaluating medical issues raised by the war.  He was the Head of the Military Casualty section of the Lariboisière hospital in Paris. So Jean was able to be admitted in the Capital the day after his injury and thus avoid amputation. The Museum of Air and Space retains the receipt of the Paris ambulance service that transported Jean Chaput from the Gare de L’Est railway station to the Lariboisière hospital.
However, the severity of the fracture required a long recovery: Chaput only returned to the front in March 1917.

Nach der Rückkehr aus seinem Urlaub einige Tage zuvor wird Jean am 26. Juli 1916 im Kampf mit einer Aviatik verletzt. Eine Kugel aus einem Maschinengewehr trifft ihn am Oberschenkel und durchschlägt seine Schulter. Dies ist für Jean umso überraschender als er über dem feindlichen Flugzeug fliegt und diesem damit überlegen ist. Aber dem Pilot der Aviatik gelingt es, ihn von unten zu treffen. Der Kampf fand in der Nähe von Douaumont statt, einem der strategischen Forts der Verdun-Front, doch trotz seines gesundheitlichen Zustands wählte Jean einen Ort in einiger Entfernung des Flugplatzes des Sektors, um zu landen: Ancemont in der Nähe eines Krankenhauses.

1916 stellte sich bei einer solchen Verletzung die Frage nach einer möglichen Amputation. Die Schwere der Verletzungen der Gliedmaßen, die fehlende Zeit zur Versorgung der Verwundeten sowie die unterschiedlichen Hygienebedingungen erschwerten häufig die Behandlung und Erhaltung der Gliedmaßen. Während zu Beginn des Krieges die Meinung vorherrschte, solche Verletzungen nicht zu behandeln, hatten sich 1916 die Behandlungsbedingungen durch den Stellungskrieg soweit verbessert, dass solche Verletzungen jetzt behandelt wurden. Außerdem machte die verheerende Wirkung der Nichtbehandlung von Verwundeten auf die Moral der Truppen eine solche Behandlung zwingend erforderlich. Die Ärzte an der Front entschieden sich deshalb häufig für eine Amputation.

Glücklicherweise war Jeans Vater ein herausragender Chirurg und Mitglied der Société de Chirurgie (Gesellschaft für Chirurgie), die sich aktiv mit medizinischen Fragen im Zuge des Krieges beschäftigte. Er war Leiter der Abteilung für verwundete Soldaten am Krankenhaus Lariboisière in Paris. Jean konnte deshalb bereits einen Tag nach seiner Verwundung in dieses Krankenhaus in der Hauptstadt eingeliefert werden und entging somit der Amputation.
Dennoch machte die Schwere seiner Verletzung eine lange Genesungszeit erforderlich: Erst im März 1917 kehrte Chaput an die Front zurück.

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput

30.04.1916: Combat aérien et expérimentations | Air Combat and Experimentations | Luftkampf und Erprobung

Transcription:

[page 1]

30 avril

L’aviation allemande se souviendra de cette journée ; elle a voulu montrer de l’activité, mais elle l’a payé cher. Un Aviatik tout neuf et chargé de bombes a été abattu par le canon. Un Albatros a dû atterrir du côté de Ste Menehould par suite de balles dans le moteur. Un autre avion est tombé du côté de Verdun ; enfin j’ai abattu un Fokker.
J’avais été réveillé vers 5h par tout un vacarme de bombes, de moteur, éclatement d’obus contre avion etc. Je me suis habillé en hâte et j’ai bondi dans mon…

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24.04.1916 : Une défaite de Jean | One of Jean’s Defeats | Jean wird besiegt

Transcription:

24 avril 1916

Je me suis couvert de ridicule aujourd’hui. J’ai fait 4h ½ de vol, et comme résultat j’ai abîmé mon appareil. Je m’étais offert le luxe d’attaquer dans leur lignes deux avions allemands qui croisaient ensemble ; tandis que deux autres étaient aux environs. Ma mitrailleuse a raté et reraté : j’ai dû abandonner et j’ai reçu 3 balles. 1 dans la queue de l’appareil, 1 dans le plan gauche, et une dans le droit; celle-ci a fendu un mat et le longeron avant du plan supérieur. …

… Si ma mitrailleuse n’avait pas raté, j’aurais certainement abattu l’un des deux. Je n’ai rien à regretter d’ailleurs et cela fait un enseignement de plus.

 

Jean raconte peu de défaites. Le 24 avril 1916, un combat tourne si mal que non seulement Chaput prend la fuite, mais en plus son avion subit de nombreuses avaries. Des éléments importants de l’appareil sont endommagés: le longeron, dans la charpente de l’aile, et le mat qui relie entre eux les deux plans.

Le dysfonctionnement des mitrailleuses était un problème récurrent que connaissaient tous les pilotes alliés, lié à la mauvaise adaptation de l’arme aux conditions du combat aérien. Celle-ci est en effet prévue pour un usage au sol ; son usage en vol est rendu très aléatoire notamment par les conditions atmosphériques (froid, humidité. A cela s’ajoutent les difficultés au moment de viser liées à la rapidité des déplacements et à la nécessité de continuer à piloter tout en tirant. C’est pourquoi les pilotes de chasse prennent l’habitude de se rapprocher le plus possible de la cible avant de tirer, afin d’optimiser les chances de neutraliser l’appareil ennemi, voire de toucher mortellement l’adversaire. Cette proximité participe à la violence que connaissent les aviateurs, et Jean ne cache pas sa surprise de distinguer «  le visage rose et le casque marron» d’un Allemand qu’il affronte.

On conçoit bien, grâce à ce récit, comment l’écriture participe à l’endurance des combattants en donnant, par le discours, un sens à l’expérience de guerre. Jean dépasse finalement – « je n’ai rien à regretter » la honte qu’il éprouvait en se mettant à écrire -« Je me suis couvert de ridicule aujourd’hui ».
La fréquence des affrontements  à Verdun épuise Chaput  à cause entre autres des changements brutaux de pression liés aux variations d’altitude. Ainsi dans la semaine qui encadre ce récit, Jean combat une douzaine d’avion dont deux qu’il abat.

 

Tales of defeat are rare in Jean Chaput’s writing. On 29 April 1916, he not only has to flee, his aeroplane also suffers much damage. Major elements of the aircraft are damaged: the strut linking the two wings and the spar, belonging to the wing framework. Damage of this type is often repaired at camp by a mechanic.

Jean attributes his defeat to the malfunction of his machine gun. It’s a recurring problem linked to the maladjustment of the weapon to aerial combat conditions. Machine guns are in fact intended for use on the ground. Their use in flight is made unpredictable particularly by vibrations and atmospheric conditions (cold and damp) that make the weapon more likely to jam. Added to that is the fact that the machine gun must be handled while flying the aeroplane.

This defeat is part of a long series of battles waged by Jean in the context of Verdun, which exhaust him to the point that sometimes, he writes, he ”passes out” in flight, because of fatigue and the sudden changes in pressure due to variations in altitude. Thus within a week, Jean has fought ten aeroplanes—he was especially affected by the proximity of his enemies’ faces–he shot down an Aviatik, and then on 30 April he would shoot down a Fokker.
It is easy to understand, thanks to this account, how writing contributes to soldiers’ endurance by giving a meaning to the experience of war. Jean finally manages to overcome the shame he felt by putting pen to paper. “I made a complete fool of myself today” and then “I don’t regret a thing”.

 
Transcription:
 

24th April 1916

I made a complete fool of myself today. I did 4 ½h flying, and damaged my aircraft as a result. I allowed myself the luxury of attacking two German aeroplanes within their lines who were cruising together; while two others were in the area. My machine gun failed and failed again: I had to give up and got 3 bullets. 1 in the aircraft tail, 1 on the left wing and one on the right; that one split a strut and the upper spar. …

… If my machine gun hadn’t failed, I would definitely have shot down one of them. But I don’t regret a thing and that’s another lesson learned.

 

Jean berichtet selten über Niederlagen. Am 24. April 1916 nimmt ein Kampf eine so schlechte Wendung, dass Jean nicht nur die Flucht ergreift, sondern auch wichtige Bauteile seiner Maschine beschädigt werden: der Holm im Tragwerk des Flügels und die Strebe, welche die beiden Tragflächen miteinander verbindet.

Das Versagen der Maschinengewehre war ein wiederkehrendes Problem, mit dem alle Piloten der Verbündeten zu kämpfen hatten und das auf die mangelnde Anpassung der Waffe an die Bedingungen des Luftkampfes zurückzuführen war. Denn das Maschinengewehr war für eine Verwendung am Boden vorgesehen. Seine Einsatztauglichkeit in der Luft war insbesondere witterungsbedingt (Kälte, Feuchtigkeit) sehr dem Zufall unterworfen. Hinzu kamen Probleme beim Zielen wegen der schnellen Positionswechsel und der Tatsache, dass der Pilot gleichzeitig schießen und steuern musste. Deshalb gewöhnten es sich die Jagdpiloten an, sich vor dem Schießen dem Ziel so weit wie möglich zu nähern, um die Chancen, das feindliche Flugzeug auszuschalten, ja sogar den Gegner tödlich zu treffen, zu erhöhen. Diese Nähe trug zur Gewalt bei, der die Flieger ausgesetzt waren. So verbirgt Jean nicht seine Verwunderung darüber, dass er „das rosige Gesicht und den braunen Helm“ eines Deutschen, gegen den er kämpft, erkennen kann.

Dieser Bericht macht deutlich, wie das Schreiben zum Durchhaltevermögen der Kämpfer beitrug, indem es durch den Diskurs der Kriegserfahrung einen Sinn verlieh. Jean überwindet schließlich die Scham – „ich bedauere nichts“ –, die er beim Schreiben der Worte „Heute habe ich mich lächerlich gemacht“ empfand.
Die Häufigkeit der Konfrontationen in Verdun zehrt an Jeans Kräften, was unter anderem auf die heftigen Druckwechsel aufgrund wechselnder Höhen zurückzuführen ist. So bekämpfte Jean in der Woche, in der er seinen Bericht schrieb, ungefähr zwölf Flugzeuge, von denen er zwei abschoss.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. April

Heute habe ich mich lächerlich gemacht. Ich bin 4 ½ Stunden geflogen mit dem Ergebnis, dass ich meine Maschine kaputt gemacht habe. Ich hatte mir erlaubt, zwei deutsche Flugzeuge, die zusammen flogen, in ihren Linien anzugreifen, während sich zwei weitere in der Nähe befanden. Mein Maschinengewehr versagte mehrmals, so dass ich aufgeben musste und von 3 Schüssen getroffen wurde: einer ging ins Heck der Maschine, einer in die linke Tragfläche und einer in die rechte. Letzterer führte dazu, dass eine Strebe und der vordere Holm der oberen Tragfläche zerbarsten.

[Seite 2] Hätte mein Maschinengewehr nicht versagt, hätte ich sicherlich einen von beiden abgeschossen.
Im Übrigen bedauere ich nichts und bin um eine Erfahrung reicher.

Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput

23.11.1915: Jean affronte un Aviatik à la carabine | Jean Confronts an Aviatik With a Rifle | Jean bekämpft eine Aviatik… mit einem Karabiner

Transcription:
 

[page 1]
Escadrille 28
Secteur Postal 18 23 Novembre 1915

Mon cher Papa

J’ai une bonne nouvelle à vous
annoncer ; j’ai eu le plaisir
avec la collaboration d’un de mes
camarades d’abattre un avion
boche dans la journée d’hier 22.
Vous le trouverez en toutes lettres
dans le communiqué qui aura
paru le 24. Nous venons de
recevoir le communiqué par T.S.F.

[page 2]
Au début d’une reconnaissance, j’ai
commencé par mettre un boche
en fuite. Il s’est sauvé éperdument
en piquant jusqu’à raser le
sol ; à la fin de notre mission,
j’ai attaqué un autre avion
dans nos lignes mais ma mitrailleuse
a refusé de fonctionner et nous
avons poursuivi le combat, le lieutenant
Gambier tirant avec un mousqueton
et moi avec une Winchester. Notre
adversaire à ce moment là avait

[page 3]
l’avantage étant plus haut que
nous et tirant à la mitrailleuse mais
je manœuvrais pour me placer dans
les angles morts de son champ de
tir. Au bout de quelque temps un autre
avion bimoteur est venu me prêter
main forte et nous avons pris le boche
entre deux feux. Il a commencé
à fuir étant plus rapide que
nous. Je l’ai suivi cependant
en piquant derrière lui et mon
passager tirant toujours. Il a
commencé à fumer, il a piqué

[page 4]
de plus en plus, nous avons vu une
lueur sortir de l’appareil. Finalement
il s’est abîmé sur le sol où il a
continué à bruler. Malheureusement,
il était dans ses lignes près de Beine ;
mais le combat a été vu de partout
et le capitaine dans un troisième
avion a assisté à toutes les phases du
combat. Je suis très content, cela
me permettra de quitter l’escadrille
en beauté, si cette fois-ci encore
on ne veut pas me donner un
avion à mon goût. Peut-être

[page 5]
le moment serait-il venu de
voir M. Chéron et de porter à sa
connaissance le fait que étant
dans une escadrille et après avoir
fait tout ce que j’y ai fait
on refuse de me donner un
avion de chasse. Il faudrait que
je change d’escadrille. C’est une
[illisible, mesure ?] de faveur à l’égard des
escadrilles Caudron puisque
des escadrilles Farman ont
des appareils de chasse. Le

[page 6]
principe en est donc admis. En
outre les Caudron et les appareils de
chasse ont le même moteur ce
qui n’a pas lieu avec les Farman,
on ne peut donc objecter la
question du matériel. D’ailleurs
je ne demande pas qu’on admette
le principe, je demande un
appareil de chasse pour moi
personnellement, comme récompense
des services rendus. Je n’en demande
pas d’autre. Vous pouvez faire
valoir à M. Chéron que dans les
[Sur la marge droite]
Si cela peut intéresser M. Chéron, c’est le Capitaine Berger qui est
au G.Q.G., et le Commandant Guillabert à notre armée.

[page 7]
escadrilles de chasse, qui d’ailleurs ne
font pas grande chose, on donne des
appareils épatants à des jeunes
pilotes ou à d’autres qui sont
loin d’avoir mes états de service.
Je suis écœuré de faire des
demandes qui n’aboutissent
pas ou qui ne sont même pas
transmises, comme lorsque j’ai
désiré un Monocoque Morane et
je m’adresse de suite en haut lieux.
J’espère aller bientôt à Paris,
mais je vous prie mon cher Papa

[page 8]
de ne pas faire comme la dernière
fois ou je vous ai demandé votre
concours d’attendre mon arrivée
problématique. Il faut battre le
fer pendant qu’il est chaud. Si cela
ne vous ennuie pas je vous prie
donc de mettre Monsieur Chéron
au courant de mes doléances et
de mes désirs. Puisqu’il avait été
assez aimable pour m’offrir
son puissant appui, l’objet
de mes rêves est donc, je spécifie : un
avion monoplace aussi rapide qu’on
pourra me le donner. Peu m’importe
la marque, mais je désire l’avoir sans
tarder, je suis las de monter à contrecœur
[Sur la marge gauche :]
sur des engins qui ne me plaisent pas.
Je vous embrasse tendrement mon cher Papa et je compte sur
votre intervention aussi rapide que possible.

Novembre déçoit Jean. Le mauvais temps le contraint à l’inaction. Plutôt que de profiter de ce répit et du confort de sa chambre équipée d’une cheminée, Jean déplore son oisiveté. Stationnant depuis plusieurs semaines à 25 km au sud-est de Reims, Chaput trépigne d’impatience en ne voyant aboutir ni sa nomination au grade de sous-lieutenant ni sa demande d’un avion de chasse.

Un combat survenu la veille rompant un peu cette monotonie a plusieurs caractéristiques des affrontements aériens de 1915. D’une part il survient presque par hasard : Chaput et son observateur Gambier sont sur le chemin du retour après une reconnaissance. D’autre part le matériel est défaillant. La mitrailleuse Colt du G4 s’enraye rapidement de même que celle de l’avion venu en renfort, comme nous l’apprend le rapport du commandant d’escadrille selon lequel Chaput, armé d’une carabine Winchester, et Gambier, d’un mousqueton, auraient tenu vingt minutes en se tenant dans l’angle mort de l’Aviatik.
Sur la photo ci-contre prise à l’automne 1915, le sergent Chaput et le lieutenant Gambier posent devant le Caudron G4 à bord duquel ils ont combattu.

Jean exhorte son père à lire le « communiqué » où l’on parle de lui. Il s’agit d’un document quotidien et officiel, rédigé par l’Etat-major à destination de la presse, qui donne avec des accents de propagande des informations sur les combats en cours. La presse en reprend le texte. A l’automne 1915, alors que la guerre s’enlise, les communiqués commencent à parler des « As » dont l’évocation permet de donner une tournure héroïque aux récits de guerre et d’annoncer des victoires.

November: ein enttäuschender Monat für Jean. Der Kriegsalltag der Piloten hat nichts mit dem der im Schlamm der Gräben fest steckenden Frontkämpfer zu tun, denn selbst in einer Kampfumgebung fliegt Jean höchstens fünf bis sechs Stunden. Trotz des Vorteils, den Jean damit zum Beispiel gegenüber den Frontsoldaten hat, bedauert er seinen Müßiggang. Er genießt jedoch sein komfortables Zimmer mit Kamin an einem Ort 25 km südöstlich von Reims, wo er seit mehreren Wochen stationiert ist. Doch das Wetter ist schlecht und die Flugzeuge müssen am Boden bleiben. Chaput vergeht fast vor Ungeduld, denn weder seine Beförderung zum Leutnant noch sein Antrag auf ein Jagdflugzeug zeigen Aussicht auf Erfolg.

Diese Monotonie wird durch einen Luftkampf am 22. November für einen kurzen Moment unterbrochen. Er ist in mehrerlei Hinsicht repräsentativ für die Luftkämpfe des Jahres 1915. Er geschieht fast zufällig: Chaput und Gambier haben ihren Aufklärungseinsatz bereits beendet und befinden sich auf dem Rückweg. Die Flugzeugjagd war noch nicht vollständig organisiert, und die Luftkämpfe fanden meistens unerwartet statt. Hinzu kam, dass das Maschinengewehr Colt der Caudron G4 ebenso wie das Maschinengewehr der ihnen zur Hilfe eilenden Caudron G4 schnell versagten, wie aus dem Bericht von Hauptmann (capitaine) Volmerange hervorgeht. Dieser beobachtete den Kampf in der Tat von einem dritten Flugzeug aus und schrieb darüber einen Bericht, demzufolge die Besatzung Chaput – Gambier einer mit einem MG bewaffneten deutschen Aviatik zwanzig Minuten Widerstand leistete. Chaput beschoss dabei den Feind von unten mit einem Gewehr der Marke Winchester und sein Begleiter schoss mit einem Karabiner. Es sei daran erinnert, dass das Magazin des Karabiners nach drei Schuss ausgewechselt werden musste und dass Jean gleichzeitig das Flugzeug steuern und seine Waffe bedienen musste. Die Schüsse, die von der verbündeten Caudron G4 auf den Motor der Aviatik abgegeben wurden, waren wirksamer.

Das nebenstehende Foto vom Herbst 1915 zeigt Unteroffizier (sergent) Chaput und Oberleutnant (lieutenant) Gambier vor der Caudron G4, auf der sie gekämpft haben.

Jean bittet seinen Vater, die „Bekanntmachung“ zu lesen, in der von ihm die Rede ist. Dabei handelt es sich um ein offizielles Dokument, das der Generalstab (État-Major) täglich für die Presse herausgab und das Informationen mit propagandistischer Einfärbung über die laufenden Kampfhandlungen enthielt. Die Presse übernahm diese Bekanntmachungen vollständig oder interpretierte sie. Im Herbst 1915, als der Krieg festgefahren war, tauchte in diesen Bekanntmachungen zum ersten Mal der Begriff „Fliegerass“ auf, der den Kriegsberichten von nun an etwas Heldenhaftes verlieh.

 
Transkription:
 

[Seite 1]
Fliegerstaffel 28
Postsektor 18   23. November 1915

Lieber Vater,

ich habe eine gute Neuigkeit
für Sie: Ich hatte das Vergnügen,
zusammen mit einem meiner
Kameraden am gestrigen Tag, dem
22. November, ein Flugzeug der Boches abzuschießen.
Sie werden es schwarz auf weiß
in der Bekanntmachung lesen können, die
am 24. November erscheint. Wir haben
sie gerade über Funktelegrafie erhalten.

[Seite 2]
Bei einem Aufklärungsflug habe ich
zunächst damit begonnen, einen Boche in die Flucht
zu schlagen. Er versuchte verzweifelt, sich zu retten,
indem er in den Sturzflug ging und dabei fast den Boden
streifte; am Ende unseres Einsatzes griff
ich ein anderes Flugzeug in unseren Linien
an, aber mein Maschinengewehr
gab seinen Geist auf und wir setzten
den Kampf fort, indem Oberleutnant (lieutenant)
Gambier mit einem Karabiner schoss
und ich mit einer Winchester. Unser
Gegner hatte zu diesem Zeitpunkt

[Seite 3]
den Vorteil, dass er höher flog als wir
und mit dem Maschinengewehr schoss, aber
ich steuerte das Flugzeug
in den toten Winkel seines Schuss-
feldes. Nach einiger Zeit kam mir ein
anderes zweimotoriges Flugzeug zur
Hilfe und wir haben den Boche
von zwei Seiten unter Beschuss genommen.
Er begann zu flüchten, da er schneller war als
wir. Ich habe ihn jedoch verfolgt,
indem ich hinter ihm in den Sturzflug ging und
mein Begleiter ihn dabei weiter beschoss. Rauch
stieg auf und das Flugzeug steuerte immer weiter auf den

[Seite 4]
Boden zu, wir sahen, wie
ein Lichtschein aus der Maschine kam. Schließlich
stürzte es auf den Boden, wo es
weiter brannte. Leider
befand es sich in seinen Linien nahe Beine,
aber der Kampf war von überall zu sehen
und der Staffelführer, der in einem dritten
Flugzeug saß, wohnte allen Phasen des
Kampfes bei. Ich bin sehr zufrieden, denn so werde
ich die Staffel erhobenen Hauptes verlassen können, wenn man mir
auch dieses Mal kein Flugzeug nach meinem
Geschmack geben will. Vielleicht

[Seite 5]
ist jetzt der Moment gekommen,
Herrn Chéron einen Besuch abzustatten und
ihm mitzuteilen, dass man mir kein
Jagdflugzeug geben will, obwohl ich in
einer Fliegerstaffel bin und nach allem,
was ich dort geleistet habe.

Ich müsste die Staffel wechseln. Das ist
eine Vorzugs[unleserlich, Maßnahme?] gegenüber den
Caudron-Staffeln, da
die Farman-Staffeln
Jagdflugzeuge haben. Im

[Seite 6]
Grundsatz besteht also Einigkeit.
Außerdem haben die Caudron und die
Jagdflugzeuge dieselben Motoren, was
bei den Farman nicht der Fall ist,
die Materialfrage kann hier also nicht
als Argument angeführt werden. Im
Übrigen verlange ich nicht, dass
man den Grundsatz anerkennt. Ich fordere
ein Jagdflugzeug für mich ganz
persönlich, als Anerkennung für
geleistete Dienste. Was anderes verlange
ich nicht. Sie können gegenüber Herrn
Chéron ins Feld führen, dass man bei den

[Rechter Rand: Vielleicht interessiert es Herrn Chéron, dass Hauptmann (capitaine) Berger beim Grand Quartier Général (Oberkommando der frz. Armee) ist und Major (commandant) Guillabert in unserer Armee.]

[Seite 7]
Jagdstaffeln, die im Übrigen nicht
viel machen, jungen Piloten oder
sonstigen Piloten, die bei Weitem
nicht so viel geleistet haben wie ich,
tolle Maschinen gibt.
Ich bin es leid, Anträge zu stellen,
die ins Leere laufen oder nicht
einmal weitergeleitet werden, z.B.
als ich eine Morane Monocoque
(mit einem Rumpf) wollte.
Ich werde jetzt deshalb an oberster
Stelle vorstellig.
Ich hoffe, bald nach Paris zu kommen,
doch ich bitte Sie, lieber Vater,

[Seite 8]
es nicht wie beim letzten Mal zu
machen, als ich Sie darum bat,
mit Ihrer Unterstützung bis zu
meiner Ankunft zu warten, die sich als
problematisch erwies. Man muss
das Eisen schmieden, solange es heiß ist.
Wenn es Ihnen nicht zu viele Umstände
bereitet, möchte ich Sie also bitten,
Herrn Chéron über meine Beschwerden
und Wünsche in Kenntnis zu setzen. Da er
so freundlich war, mir seine tatkräftige Hilfe
anzubieten: Das Objekt meiner Träume ist also
ein einsitziges Flugzeug so schnell wie möglich.
Der Hersteller ist mir egal, aber ich möchte es
unverzüglich haben, denn ich bin es leid,
widerwillig

[Linker Rand:]
Flugzeuge zu besteigen, die mir nicht gefallen.

Ich grüße Sie herzlich, lieber Vater, und zähle
auf Ihre schnellstmögliche Hilfe.

November: a disappointing month for Jean. Bad weather forces him into inaction. Rather than take advantage of this respite and the comfort of his room with a fireplace, Jean deplores his idleness. Posted for several weeks 25 km south-east of Rheims, Chaput fidgets with impatience, not seeing his promotion to the rank of second lieutenant come through or his request for a fighter plane.

A combat which occurred the previous day broke this monotony a little. It was typical of the dogfights of 1915 : Firstly, it occurred almost by chance: Chaput and his observer Gambier were returning after a reconnaissance mission. Secondly, the G4’s Colt machine gun jammed quickly as did the reinforcement plane’s, we learn from Captain Volmerange’s report, according to whom Chaput, armed with a Winchester rifle, and Gambier, with a musket, held on for 20 minutes by staying in the Aviatik’s blind spot, that is to say, underneath it.
On the photo opposite, taken in the autumn of 1915, Sgt. Chaput and Lt. Gambier pose in front of the Caudron G4 on which they fought.

Jean exhorts his father to read the “communiqué” where he is mentioned. This was a daily official document, written by military general staff for the press, which gave information on the current fighting, with a touch of propaganda. The press reproduced the text. In the autumn of 1915, with the war getting bogged down, the communiqués started to talk about “flying aces”, allowing them to give a heroic twist to war stories and to announce victories.

 
Transcription:
 

[page 1]
Squadron 28
Postal sector 18 23 November 1915

Dearest Father,

I have some good news
for you; I had the pleasure of
collaborating with one of my
comrades when shooting down a
German plane yesterday (22nd).
You can read a full account in the
press release
published on 24th. We have just received
the news through the wireless.

[page 2]
At the start of a recon mission, I
started chasing a
fleeing German. He fled away quickly,
dipping until he was skimming
the ground; at the end of our mission,
I attacked another plane
in our lines, but my machine gun
refused to work, so we
carried on with the battle, lieutenant
Gambier firing his musket
and me firing my Winchester. Our
enemy at the time had

[page 3]
an advantage as he was higher up
than us, firing with his machine gun,
but I manoeuvred well enough to get
into his blind spots when
he fired. After a while, another
dual-engine plane came to lend
me a hand and we caught the German
in cross-fire. He started fleeing
as he was quicker
than us. However, I
followed, dipping behind him
with my passenger firing away. He started
smoking, and dipped lower

[page 4]
and lower until we saw
a light emerge from his craft. Finally,
he crashed into the ground, where
he continued burning. Unfortunately,
he was in his own lines near Beine;
but the battle was witnessed from afar
and the captain, flying a third plane,
assisted us during the
fight. I am delighted, as
this will enable me to leave the squadron
on a good note, if once again
I am not given a
suitable plane. Perhaps

[page 5]
the time has come
to see Mr Chéton and
inform him that being in
a squadron and having
done everything I have done,
I am still refused
a fighter plane. I really should
change squadrons. It would be a
favourable [illegible, measure?] towards
Caudron’s squadrons, as
Farman’s squadrons have
fighter planes. The

[page 6]
principle of it was accepted. In addition,
the Caudrons and fighter planes
have the same engine, which
is not the case with the Farmans,
meaning that the equipment
cannot be objected to. In actual fact,
I am not asking for the principle
to be accepted, I am asking for
a personal fighter plane,
as a reward
for my services. I am not asking for
anything else. You can assure
Mr Chéron that in
[In the right-hand margin]
Mr Chéron may be interested in knowing that Captain Berger
is the one running the GQG, and Commander Guillabert is running our army.

[page 7]
fighter squadrons, that actually do not
do much, incredible planes
are provided to young
pilots or to others who are far from
having achieved my level of service.
I am disgusted to see that my
requests are not being approved,
and are not even
transmitted, just like when
I asked for a Morane monohull,
where I had to contact the highest grades.
I hope to come to Paris soon,
but I beg of you, dear Father,

[page 8]
please do not do like last
time when I asked that
you take part in my difficult
arrival. We must strike when the
iron is hot. If you
do not mind,
please make Mr Chéron
aware of my issues and
my wishes. As he was so kind
as to offer me his
support, I would like
to insist on what I truly desire:
a single-seater plane, the
fastest one there is. The brand is of
no importance, but I would appreciate
getting it quite soon, as I am tired of flying
[In the left-hand margin:]
planes that do not appeal to me.
All my love to you, my dear Father, and I am counting on
you to intervene as quickly as possible.


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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