23.11.1915: Jean affronte un Aviatik à la carabine | Jean Confronts an Aviatik With a Rifle | Jean bekämpft eine Aviatik… mit einem Karabiner

Transcription:
 

[page 1]
Escadrille 28
Secteur Postal 18 23 Novembre 1915

Mon cher Papa

J’ai une bonne nouvelle à vous
annoncer ; j’ai eu le plaisir
avec la collaboration d’un de mes
camarades d’abattre un avion
boche dans la journée d’hier 22.
Vous le trouverez en toutes lettres
dans le communiqué qui aura
paru le 24. Nous venons de
recevoir le communiqué par T.S.F.

[page 2]
Au début d’une reconnaissance, j’ai
commencé par mettre un boche
en fuite. Il s’est sauvé éperdument
en piquant jusqu’à raser le
sol ; à la fin de notre mission,
j’ai attaqué un autre avion
dans nos lignes mais ma mitrailleuse
a refusé de fonctionner et nous
avons poursuivi le combat, le lieutenant
Gambier tirant avec un mousqueton
et moi avec une Winchester. Notre
adversaire à ce moment là avait

[page 3]
l’avantage étant plus haut que
nous et tirant à la mitrailleuse mais
je manœuvrais pour me placer dans
les angles morts de son champ de
tir. Au bout de quelque temps un autre
avion bimoteur est venu me prêter
main forte et nous avons pris le boche
entre deux feux. Il a commencé
à fuir étant plus rapide que
nous. Je l’ai suivi cependant
en piquant derrière lui et mon
passager tirant toujours. Il a
commencé à fumer, il a piqué

[page 4]
de plus en plus, nous avons vu une
lueur sortir de l’appareil. Finalement
il s’est abîmé sur le sol où il a
continué à bruler. Malheureusement,
il était dans ses lignes près de Beine ;
mais le combat a été vu de partout
et le capitaine dans un troisième
avion a assisté à toutes les phases du
combat. Je suis très content, cela
me permettra de quitter l’escadrille
en beauté, si cette fois-ci encore
on ne veut pas me donner un
avion à mon goût. Peut-être

[page 5]
le moment serait-il venu de
voir M. Chéron et de porter à sa
connaissance le fait que étant
dans une escadrille et après avoir
fait tout ce que j’y ai fait
on refuse de me donner un
avion de chasse. Il faudrait que
je change d’escadrille. C’est une
[illisible, mesure ?] de faveur à l’égard des
escadrilles Caudron puisque
des escadrilles Farman ont
des appareils de chasse. Le

[page 6]
principe en est donc admis. En
outre les Caudron et les appareils de
chasse ont le même moteur ce
qui n’a pas lieu avec les Farman,
on ne peut donc objecter la
question du matériel. D’ailleurs
je ne demande pas qu’on admette
le principe, je demande un
appareil de chasse pour moi
personnellement, comme récompense
des services rendus. Je n’en demande
pas d’autre. Vous pouvez faire
valoir à M. Chéron que dans les
[Sur la marge droite]
Si cela peut intéresser M. Chéron, c’est le Capitaine Berger qui est
au G.Q.G., et le Commandant Guillabert à notre armée.

[page 7]
escadrilles de chasse, qui d’ailleurs ne
font pas grande chose, on donne des
appareils épatants à des jeunes
pilotes ou à d’autres qui sont
loin d’avoir mes états de service.
Je suis écœuré de faire des
demandes qui n’aboutissent
pas ou qui ne sont même pas
transmises, comme lorsque j’ai
désiré un Monocoque Morane et
je m’adresse de suite en haut lieux.
J’espère aller bientôt à Paris,
mais je vous prie mon cher Papa

[page 8]
de ne pas faire comme la dernière
fois ou je vous ai demandé votre
concours d’attendre mon arrivée
problématique. Il faut battre le
fer pendant qu’il est chaud. Si cela
ne vous ennuie pas je vous prie
donc de mettre Monsieur Chéron
au courant de mes doléances et
de mes désirs. Puisqu’il avait été
assez aimable pour m’offrir
son puissant appui, l’objet
de mes rêves est donc, je spécifie : un
avion monoplace aussi rapide qu’on
pourra me le donner. Peu m’importe
la marque, mais je désire l’avoir sans
tarder, je suis las de monter à contrecœur
[Sur la marge gauche :]
sur des engins qui ne me plaisent pas.
Je vous embrasse tendrement mon cher Papa et je compte sur
votre intervention aussi rapide que possible.

Novembre déçoit Jean. Le mauvais temps le contraint à l’inaction. Plutôt que de profiter de ce répit et du confort de sa chambre équipée d’une cheminée, Jean déplore son oisiveté. Stationnant depuis plusieurs semaines à 25 km au sud-est de Reims, Chaput trépigne d’impatience en ne voyant aboutir ni sa nomination au grade de sous-lieutenant ni sa demande d’un avion de chasse.

Un combat survenu la veille rompant un peu cette monotonie a plusieurs caractéristiques des affrontements aériens de 1915. D’une part il survient presque par hasard : Chaput et son observateur Gambier sont sur le chemin du retour après une reconnaissance. D’autre part le matériel est défaillant. La mitrailleuse Colt du G4 s’enraye rapidement de même que celle de l’avion venu en renfort, comme nous l’apprend le rapport du commandant d’escadrille selon lequel Chaput, armé d’une carabine Winchester, et Gambier, d’un mousqueton, auraient tenu vingt minutes en se tenant dans l’angle mort de l’Aviatik.
Sur la photo ci-contre prise à l’automne 1915, le sergent Chaput et le lieutenant Gambier posent devant le Caudron G4 à bord duquel ils ont combattu.

Jean exhorte son père à lire le « communiqué » où l’on parle de lui. Il s’agit d’un document quotidien et officiel, rédigé par l’Etat-major à destination de la presse, qui donne avec des accents de propagande des informations sur les combats en cours. La presse en reprend le texte. A l’automne 1915, alors que la guerre s’enlise, les communiqués commencent à parler des « As » dont l’évocation permet de donner une tournure héroïque aux récits de guerre et d’annoncer des victoires.

November: ein enttäuschender Monat für Jean. Der Kriegsalltag der Piloten hat nichts mit dem der im Schlamm der Gräben fest steckenden Frontkämpfer zu tun, denn selbst in einer Kampfumgebung fliegt Jean höchstens fünf bis sechs Stunden. Trotz des Vorteils, den Jean damit zum Beispiel gegenüber den Frontsoldaten hat, bedauert er seinen Müßiggang. Er genießt jedoch sein komfortables Zimmer mit Kamin an einem Ort 25 km südöstlich von Reims, wo er seit mehreren Wochen stationiert ist. Doch das Wetter ist schlecht und die Flugzeuge müssen am Boden bleiben. Chaput vergeht fast vor Ungeduld, denn weder seine Beförderung zum Leutnant noch sein Antrag auf ein Jagdflugzeug zeigen Aussicht auf Erfolg.

Diese Monotonie wird durch einen Luftkampf am 22. November für einen kurzen Moment unterbrochen. Er ist in mehrerlei Hinsicht repräsentativ für die Luftkämpfe des Jahres 1915. Er geschieht fast zufällig: Chaput und Gambier haben ihren Aufklärungseinsatz bereits beendet und befinden sich auf dem Rückweg. Die Flugzeugjagd war noch nicht vollständig organisiert, und die Luftkämpfe fanden meistens unerwartet statt. Hinzu kam, dass das Maschinengewehr Colt der Caudron G4 ebenso wie das Maschinengewehr der ihnen zur Hilfe eilenden Caudron G4 schnell versagten, wie aus dem Bericht von Hauptmann (capitaine) Volmerange hervorgeht. Dieser beobachtete den Kampf in der Tat von einem dritten Flugzeug aus und schrieb darüber einen Bericht, demzufolge die Besatzung Chaput – Gambier einer mit einem MG bewaffneten deutschen Aviatik zwanzig Minuten Widerstand leistete. Chaput beschoss dabei den Feind von unten mit einem Gewehr der Marke Winchester und sein Begleiter schoss mit einem Karabiner. Es sei daran erinnert, dass das Magazin des Karabiners nach drei Schuss ausgewechselt werden musste und dass Jean gleichzeitig das Flugzeug steuern und seine Waffe bedienen musste. Die Schüsse, die von der verbündeten Caudron G4 auf den Motor der Aviatik abgegeben wurden, waren wirksamer.

Das nebenstehende Foto vom Herbst 1915 zeigt Unteroffizier (sergent) Chaput und Oberleutnant (lieutenant) Gambier vor der Caudron G4, auf der sie gekämpft haben.

Jean bittet seinen Vater, die „Bekanntmachung“ zu lesen, in der von ihm die Rede ist. Dabei handelt es sich um ein offizielles Dokument, das der Generalstab (État-Major) täglich für die Presse herausgab und das Informationen mit propagandistischer Einfärbung über die laufenden Kampfhandlungen enthielt. Die Presse übernahm diese Bekanntmachungen vollständig oder interpretierte sie. Im Herbst 1915, als der Krieg festgefahren war, tauchte in diesen Bekanntmachungen zum ersten Mal der Begriff „Fliegerass“ auf, der den Kriegsberichten von nun an etwas Heldenhaftes verlieh.

 
Transkription:
 

[Seite 1]
Fliegerstaffel 28
Postsektor 18   23. November 1915

Lieber Vater,

ich habe eine gute Neuigkeit
für Sie: Ich hatte das Vergnügen,
zusammen mit einem meiner
Kameraden am gestrigen Tag, dem
22. November, ein Flugzeug der Boches abzuschießen.
Sie werden es schwarz auf weiß
in der Bekanntmachung lesen können, die
am 24. November erscheint. Wir haben
sie gerade über Funktelegrafie erhalten.

[Seite 2]
Bei einem Aufklärungsflug habe ich
zunächst damit begonnen, einen Boche in die Flucht
zu schlagen. Er versuchte verzweifelt, sich zu retten,
indem er in den Sturzflug ging und dabei fast den Boden
streifte; am Ende unseres Einsatzes griff
ich ein anderes Flugzeug in unseren Linien
an, aber mein Maschinengewehr
gab seinen Geist auf und wir setzten
den Kampf fort, indem Oberleutnant (lieutenant)
Gambier mit einem Karabiner schoss
und ich mit einer Winchester. Unser
Gegner hatte zu diesem Zeitpunkt

[Seite 3]
den Vorteil, dass er höher flog als wir
und mit dem Maschinengewehr schoss, aber
ich steuerte das Flugzeug
in den toten Winkel seines Schuss-
feldes. Nach einiger Zeit kam mir ein
anderes zweimotoriges Flugzeug zur
Hilfe und wir haben den Boche
von zwei Seiten unter Beschuss genommen.
Er begann zu flüchten, da er schneller war als
wir. Ich habe ihn jedoch verfolgt,
indem ich hinter ihm in den Sturzflug ging und
mein Begleiter ihn dabei weiter beschoss. Rauch
stieg auf und das Flugzeug steuerte immer weiter auf den

[Seite 4]
Boden zu, wir sahen, wie
ein Lichtschein aus der Maschine kam. Schließlich
stürzte es auf den Boden, wo es
weiter brannte. Leider
befand es sich in seinen Linien nahe Beine,
aber der Kampf war von überall zu sehen
und der Staffelführer, der in einem dritten
Flugzeug saß, wohnte allen Phasen des
Kampfes bei. Ich bin sehr zufrieden, denn so werde
ich die Staffel erhobenen Hauptes verlassen können, wenn man mir
auch dieses Mal kein Flugzeug nach meinem
Geschmack geben will. Vielleicht

[Seite 5]
ist jetzt der Moment gekommen,
Herrn Chéron einen Besuch abzustatten und
ihm mitzuteilen, dass man mir kein
Jagdflugzeug geben will, obwohl ich in
einer Fliegerstaffel bin und nach allem,
was ich dort geleistet habe.

Ich müsste die Staffel wechseln. Das ist
eine Vorzugs[unleserlich, Maßnahme?] gegenüber den
Caudron-Staffeln, da
die Farman-Staffeln
Jagdflugzeuge haben. Im

[Seite 6]
Grundsatz besteht also Einigkeit.
Außerdem haben die Caudron und die
Jagdflugzeuge dieselben Motoren, was
bei den Farman nicht der Fall ist,
die Materialfrage kann hier also nicht
als Argument angeführt werden. Im
Übrigen verlange ich nicht, dass
man den Grundsatz anerkennt. Ich fordere
ein Jagdflugzeug für mich ganz
persönlich, als Anerkennung für
geleistete Dienste. Was anderes verlange
ich nicht. Sie können gegenüber Herrn
Chéron ins Feld führen, dass man bei den

[Rechter Rand: Vielleicht interessiert es Herrn Chéron, dass Hauptmann (capitaine) Berger beim Grand Quartier Général (Oberkommando der frz. Armee) ist und Major (commandant) Guillabert in unserer Armee.]

[Seite 7]
Jagdstaffeln, die im Übrigen nicht
viel machen, jungen Piloten oder
sonstigen Piloten, die bei Weitem
nicht so viel geleistet haben wie ich,
tolle Maschinen gibt.
Ich bin es leid, Anträge zu stellen,
die ins Leere laufen oder nicht
einmal weitergeleitet werden, z.B.
als ich eine Morane Monocoque
(mit einem Rumpf) wollte.
Ich werde jetzt deshalb an oberster
Stelle vorstellig.
Ich hoffe, bald nach Paris zu kommen,
doch ich bitte Sie, lieber Vater,

[Seite 8]
es nicht wie beim letzten Mal zu
machen, als ich Sie darum bat,
mit Ihrer Unterstützung bis zu
meiner Ankunft zu warten, die sich als
problematisch erwies. Man muss
das Eisen schmieden, solange es heiß ist.
Wenn es Ihnen nicht zu viele Umstände
bereitet, möchte ich Sie also bitten,
Herrn Chéron über meine Beschwerden
und Wünsche in Kenntnis zu setzen. Da er
so freundlich war, mir seine tatkräftige Hilfe
anzubieten: Das Objekt meiner Träume ist also
ein einsitziges Flugzeug so schnell wie möglich.
Der Hersteller ist mir egal, aber ich möchte es
unverzüglich haben, denn ich bin es leid,
widerwillig

[Linker Rand:]
Flugzeuge zu besteigen, die mir nicht gefallen.

Ich grüße Sie herzlich, lieber Vater, und zähle
auf Ihre schnellstmögliche Hilfe.

November: a disappointing month for Jean. Bad weather forces him into inaction. Rather than take advantage of this respite and the comfort of his room with a fireplace, Jean deplores his idleness. Posted for several weeks 25 km south-east of Rheims, Chaput fidgets with impatience, not seeing his promotion to the rank of second lieutenant come through or his request for a fighter plane.

A combat which occurred the previous day broke this monotony a little. It was typical of the dogfights of 1915 : Firstly, it occurred almost by chance: Chaput and his observer Gambier were returning after a reconnaissance mission. Secondly, the G4’s Colt machine gun jammed quickly as did the reinforcement plane’s, we learn from Captain Volmerange’s report, according to whom Chaput, armed with a Winchester rifle, and Gambier, with a musket, held on for 20 minutes by staying in the Aviatik’s blind spot, that is to say, underneath it.
On the photo opposite, taken in the autumn of 1915, Sgt. Chaput and Lt. Gambier pose in front of the Caudron G4 on which they fought.

Jean exhorts his father to read the “communiqué” where he is mentioned. This was a daily official document, written by military general staff for the press, which gave information on the current fighting, with a touch of propaganda. The press reproduced the text. In the autumn of 1915, with the war getting bogged down, the communiqués started to talk about “flying aces”, allowing them to give a heroic twist to war stories and to announce victories.

 
Transcription:
 

[page 1]
Squadron 28
Postal sector 18 23 November 1915

Dearest Father,

I have some good news
for you; I had the pleasure of
collaborating with one of my
comrades when shooting down a
German plane yesterday (22nd).
You can read a full account in the
press release
published on 24th. We have just received
the news through the wireless.

[page 2]
At the start of a recon mission, I
started chasing a
fleeing German. He fled away quickly,
dipping until he was skimming
the ground; at the end of our mission,
I attacked another plane
in our lines, but my machine gun
refused to work, so we
carried on with the battle, lieutenant
Gambier firing his musket
and me firing my Winchester. Our
enemy at the time had

[page 3]
an advantage as he was higher up
than us, firing with his machine gun,
but I manoeuvred well enough to get
into his blind spots when
he fired. After a while, another
dual-engine plane came to lend
me a hand and we caught the German
in cross-fire. He started fleeing
as he was quicker
than us. However, I
followed, dipping behind him
with my passenger firing away. He started
smoking, and dipped lower

[page 4]
and lower until we saw
a light emerge from his craft. Finally,
he crashed into the ground, where
he continued burning. Unfortunately,
he was in his own lines near Beine;
but the battle was witnessed from afar
and the captain, flying a third plane,
assisted us during the
fight. I am delighted, as
this will enable me to leave the squadron
on a good note, if once again
I am not given a
suitable plane. Perhaps

[page 5]
the time has come
to see Mr Chéton and
inform him that being in
a squadron and having
done everything I have done,
I am still refused
a fighter plane. I really should
change squadrons. It would be a
favourable [illegible, measure?] towards
Caudron’s squadrons, as
Farman’s squadrons have
fighter planes. The

[page 6]
principle of it was accepted. In addition,
the Caudrons and fighter planes
have the same engine, which
is not the case with the Farmans,
meaning that the equipment
cannot be objected to. In actual fact,
I am not asking for the principle
to be accepted, I am asking for
a personal fighter plane,
as a reward
for my services. I am not asking for
anything else. You can assure
Mr Chéron that in
[In the right-hand margin]
Mr Chéron may be interested in knowing that Captain Berger
is the one running the GQG, and Commander Guillabert is running our army.

[page 7]
fighter squadrons, that actually do not
do much, incredible planes
are provided to young
pilots or to others who are far from
having achieved my level of service.
I am disgusted to see that my
requests are not being approved,
and are not even
transmitted, just like when
I asked for a Morane monohull,
where I had to contact the highest grades.
I hope to come to Paris soon,
but I beg of you, dear Father,

[page 8]
please do not do like last
time when I asked that
you take part in my difficult
arrival. We must strike when the
iron is hot. If you
do not mind,
please make Mr Chéron
aware of my issues and
my wishes. As he was so kind
as to offer me his
support, I would like
to insist on what I truly desire:
a single-seater plane, the
fastest one there is. The brand is of
no importance, but I would appreciate
getting it quite soon, as I am tired of flying
[In the left-hand margin:]
planes that do not appeal to me.
All my love to you, my dear Father, and I am counting on
you to intervene as quickly as possible.


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput

16.10.1915: Du peu d’organisation des escadrilles | A Squadron’s Lack of Organisation | Über fehlende Organisation in der Staffel

Transcription:
 

[page 1]
16 Octobre 1916 Escadrille C 28
S, P ; 133

Mon cher Papa

J’ai découvert au bureau une machine à écrire et je suis ravi de ne plus être obligé de mettre la main à la plume. Nous sommes ici en plein bled à plusieurs kilomètres de toute habitation. L’escadrille est en plein champs et nous logeons à côté sous la tente, le parc nous a fourni de vagues lits démontables mais je préfère coucher sur la paille je ne m’en trouve d’ailleurs pas plus mal. Vous avez peut-être reçu la visite de Lallemant, à son passage à Paris ; car il nous a quitté ayant été rappelé par l’aviation Maritime. Cela nous a fait de la peine à tous de quitter un aussi gentil camarade et c’est une grosse perte que l’escadrille fait en sa personne avec cela ; le nombre des pilotes doit être porté à huit de sorte que nous recevons de jeunes pilotes. La vieille escadrille 28 n’est plus qu’un souvenir. Le capitaine m’a affecté il y a quelques jours un avion à deux moteurs c’est juste l’appareil opposé de celui qui me plairait. Moi qui voudrais avoir un petit appareil monoplace ; j’ai en place une grande maison avec 160 chevaux, deux moteurs, trois nacelles cela a 17 mètres d’envergure vous pouvez penser comme cela peut être maniable une mécanique pareille.
L’aviation a subi de lourdes pertes ces jours-ci dans notre région. En quelques jours ; une escadrille voisine de la nôtre a perdu quatre équipages c’est une escadrille de deux moteurs presque tous ont été abattus par des avions boches ; en général de ces fameux Fokker qui ont déjà fait tant de ravages.

[page 2] Je me demande de plus en plus si je ne vais pas demander à passer dans une escadrille Nieuport si le capitaine s’obstine à ne pas pouvoir m’obtenir un Nieuport. J’aime mieux chasser qu’être chassé. Ne faites pas attention aux fautes que je fais en écrivant je ne suis pas encore très fort sur la machine à écrire mais j’espère que cela viendra.
Voulez-vous dire à Jeanne que j’ai reçu son paquet de papier à lettres ; et que je l’en remercie. Je me suis rencontré dernièrement avec un appareil boche à double moteur, c’est un autre appareil que les nôtres et il est terrible de vitesse, il a surement deux ou trois mitrailleuses à bord car il tire de tous les côtés.
Je serais enchanté de recevoir l’appareil de Monsieur Perron, il est peut être intéressant, mais tous les gens qui se piquent d’être des inventeurs ont imaginé des viseurs plus ou moins baroques et qui sont inutilisables, quand ils sont exacts. De même qu’ils sont faux quand on peut s’en servir, je suis donc un peu sceptique mais je ne demande qu’à faire l’essai.

Je vous embrasse tendrement mon cher Papa ainsi que Jeanne.
Jean

Le « bled » – mot que Jean hérite de l’argot des troupes venant d’Afrique du Nord – où stationne Jean est situé sur le terrain de la bataille de Champagne. L’escadrille a installé son campement dans une ferme, dite « Ferme d’Alger », que l’on peut voir sur la photo ci-contre, prise par Jean Chaput.

Jean évoque un camarade « rappelé par l’aviation maritime ». Il s’agit du « meilleur camarade » de Chaput à l’escadrille, le second maître Lallemant, blessé grièvement à l’œil lors d’un vol avec Chaput par une antenne de TSF brisée. De retour de convalescence, Lallemant est appelé par la Marine qui emploie des pilotes notamment pour la protection des dirigeables, utilisés pour la défense anti-sous-marine. Cette mobilité rappelle qu’en 1915, l’affectation des escadrilles et du personnel d’aviation s’adapte encore très empiriquement à l’évolution du conflit. De façon générale l’organisation des escadrilles est encore très empirique et fluctuante.

L’avion que dédaigne Jean, qui vient de lui être attribué, est le Caudron G4. Imposant et difficile à manœuvrer, le G4 est un avion de bombardement. Fin 1915, l’aviation de bombardement connaît d’importants changements. Le bombardement nocturne s’impose malgré le manque de précision qu’il implique. Les bombardiers sont en outre protégés par une escorte de nouveaux chasseurs, les « bébés Nieuport ».

C’est un tel avion que Jean voudrait piloter. Cet appareil qui doit son surnom à sa petite taille, est particulièrement maniable et devient à l’automne 1915 le chasseur standard français et britannique. Il permet d’affronter les Fokker E1 et de regagner la supériorité aérienne perdue à l’été 1915. Les Fokker ont en effet deux faiblesses: bien moins maniables, ils ne volent jamais au-dessus des lignes françaises, afin de préserver le secret de leur armement.

 Das Niemandsland, in dem Jean stationiert ist, befindet sich 60 km westlich von Verdun auf dem Schlachtfeld der Champagne.

Der „von den Marinefliegern zurückberufene“ Kamerad Lallemant ist ein Pilot, den Chaput mehrmals als seinen „besten Kameraden in der Staffel“ bezeichnet, insbesondere als dieser im Juni durch Chaputs bei einem Luftkampf zerstörte Funkantenne schwer am Auge verletzt wird. Er war daraufhin von Jeans Vater in Paris behandelt und aufgenommen worden. Nach seinem Genesungsurlaub wird Obermaat Lallemant von der Marine abberufen, die insbesondere zum Schutz der für die Ubootabwehr verwendeten Luftschiffe ebenfalls Piloten einsetzt. Diese Vielseitigkeit von Lallemant erinnert daran, dass 1915 die Zuteilung der Staffeln und des Personals der Fliegertruppe noch sehr empirisch, je nach Entwicklung der Kriegsgeschehnisse erfolgt.

Das Flugzeug, das Jean zugewiesen wird und für das er nur Verachtung empfindet, ist eine Caudron G4. Die imposante, aber schwer zu manövrierende Maschine ist zwar ein guter Bomber, doch Jean will „jagen“.

Ende 1915 gibt es umfangreiche Veränderungen bei den Bombenfliegern. Der Verlust von Maschinen ist enorm und soll durch das Bombardieren bei Nacht aufgehalten werden, auch wenn dies mit einem Verlust an Genauigkeit einhergeht. Die Bomber werden außerdem von den neuen Nieuport „Bébés“ begleitet. Genau dieses Flugzeug wollte Jean fliegen. Mit Hilfe dieses neuen und äußerst wendigen Jagdflugzeugs, das seinen Spitznamen seiner geringen Größe verdankt und im Herbst 1915 standardmäßig von Engländern und Franzosen geflogen wird, gelingt es, den Fokker E 1 zu trotzen und die im Sommer 1915 verlorene Luftüberlegenheit zurückzugewinnen. Mit zunehmender Anzahl an Maschinen entsteht so die Jagdfliegertruppe. Die Deutschen beginnen daraufhin, die Fokker in Kampfeinsitzer-Kommandos mit zwei oder vier Maschinen zusammenzufassen. Dadurch werden sie den Alliierten überlegen, obwohl sich die Anzahl der möglichen Einsätze verringert und die Fokker aus Geheimhaltungsgründen selten die französischen Linien überfliegen.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. Oktober 1916 Fliegerstaffel C 28

Postsektor 133

Mein lieber Papa,

ich habe im Büro eine Schreibmaschine gefunden und freue mich, dass ich nicht mehr mit der Hand schreiben muss. Wir sind hier mitten im Niemandsland einige Kilometer vom nächsten Ort entfernt.
Die Fliegerstaffel befindet sich auf freiem Feld und wir übernachten daneben in Zelten, der Materialpark hat uns irgendwelche Feldbetten zur Verfügung gestellt, aber ich schlafe lieber im Stroh und das ist im Übrigen gar nicht mal viel schlechter. Vielleicht hatten Sie Besuch von Lallemant als er in Paris war. Er hat uns verlassen, da er von den Marinefliegern zurückberufen wurde. Wir haben es sehr bedauert, einen so netten Kameraden ziehen lassen zu müssen und er ist ein großer Verlust für die Staffel; die Anzahl der Piloten muss auf acht angehoben werden, sodass wir junge Piloten bekommen. Die alte Fliegerstaffel 28 ist Vergangenheit. Der Staffelführer hat mir vor einigen Tagen ein Flugzeug mit zwei Motoren zugewiesen, das genau das Gegenteil von der Maschine ist, die mir gefallen würde. Ich, der ich einen kleinen Einsitzer haben wollte,bekomme stattdessen ein großes Haus mit 160 PS, zwei Motoren und drei Gondeln, das eine Spannweite von 17 Metern hat.
Sie fragen sich jetzt vielleicht, wie man eine solche Mechanik überhaupt bedienen kann. Die Luftfahrt hat in diesen Tagen schwere Verluste in unserer Region erlitten. Eine benachbarte Fliegerstaffel verlor innerhalb weniger Tage vier Besatzungen, es ist eine Staffel mit zweimotorigen Maschinen; fast alle wurden von Flugzeugen der Boches abgeschossen; meistens von diesen berüchtigten Fokker, die bereits so viele verheerende Schäden angerichtet haben.

[Seite 2]
Ich stelle mir immer häufiger die Frage, ob ich nicht meine Versetzung in eine Nieuport-Staffel beantragen soll, wenn der Staffelführer weiterhin behauptet, keine Nieuport für mich bekommen zu können. Mir ist es lieber zu jagen, als gejagt zu werden. Achten Sie bitte nicht auf die Fehler, die ich beim Schreiben mache. Ich bin noch nicht sehr gut im Maschinenschreiben, aber ich hoffe, das kommt noch. Richten Sie bitte Jeanne aus, dass ich ihr Päckchen mit Briefpapier bekommen habe und ihr dafür danke. Unlängst traf ich auf eine zweimotorige Maschine der Boches; das ist eine andere Maschine als unsere und sie ist wahnsinnig schnell. Sie hat sicherlich zwei oder drei Maschinengewehre an Bord, da sie von allen Seiten schießt. Ich würde mich sehr freuen, das Gerät von Herrn Perron zu bekommen, es ist vielleicht interessant, aber alle Leute, die sich rühmen, Erfinder zu sein, haben sich mehr oder weniger eigenartige Visiere ausgedacht, die unbrauchbar sind, wenn sie genau sind und brauchbar sind, wenn sie nicht richtig funktionieren. Ich bin also ein wenig skeptisch, doch ich würde es gerne einmal ausprobieren.

Ich umarme Sie liebevoll, mein lieber Papa, und ebenso Jeanne.

Jean

Jean is stationed on a farm – shown on this photograph taken by Chaput-, on land where the Battle of Champagne was fought.

The comrade who was “called up by naval aviation” is a pilot that Chaput calls his ”best friend in the squadron” : petty officer Lallemant. He was seriously injured in the eye by Chaput’s broken wireless telegraphy unit during aerial combat in June. He was then treated and made welcome in Paris by Jean’s father. On his return from convalescence, Lallemant is called up by the French navy which also uses pilots, especially to protect the dirigibles used for anti-submarine defence. Lallemant’s mobility is a reminder that in 1915 the allocation of aviation squadrons and personnel was still adapted very practically to the changing conflict.

The aeroplane which draws so much of Jean’s scorn and which he has just been allocated is the Caudron G4. Impressive and difficult to manoeuvre, the G4 is in fact a good bomber. At the end of 1915 aviation bombing underwent major changes. The number of night bombings–with the loss of precision that it entails–increases. What is more, the bombers are escorted by the new “Baby Nieuports”.

It is precisely these planes that Jean wants to fly. The new fighter plane, so nicknamed because of its diminutive size, is easy to handle, becoming in the autumn of 1915 the standard British and French fighter plane, thus making it possible to confront the Fokker E1 and to regain the air superiority lost in the summer of 1915. The Fokkers indeed hardly ever flew over French lines, to protect the secrecy of how these aircraft were equipped and that had made them so much superior to the former French aircrafts.

 
Transcription:
 

[page 1]
16 October 1916 Squadron C 28
S, P; 133

Dearest Father,

In the office, I discovered a typewriter and am therefore delighted not to have to use my quill anymore. We are now in the middle of nowhere, several miles from any form of accommodation. The squadron is settled in the middle of the field and we are sleeping in tents; the fleet provided us with beds that can be disassembled, but I prefer sleeping in the straw, and am fairly comfortable.
When passing through Paris, Lallemant may have called by, as he left us to join the air fleet in the Navy. We were all sad to see him go, as he was such a kind comrade and it was a great loss for the squadron; the number of pilots must be increased to eight, so we get sent young pilots. The old 28 squadron is now only a fond memory. A few days ago, the captain gave me a dual-engine plane, which is quite the opposite of what I wanted. I dream of having a small single-person craft; I now fly a large 160 HP plane, with two engines and three pods, the entire machine measuring 17 metres, so you can imagine how difficult it is to pilot such a huge craft. The air force has suffered heavy losses over the last few days in our region. In just a few days, a neighbouring squadron lost four crews: almost an entire two-engine squadron was killed by German planes; mostly because of the infamous Fokkers that have already destroyed so much.

[page 2] More and more I wonder if I shouldn’t ask to be moved to a Nieuport squadron, if the captain keeps adamantly saying he cannot move me to Nieuport. I prefer chasing than being chased. I’m sorry about any mistakes I may be making in this letter, I have not yet got used to the typewriter but I hope I will soon be more at ease.
Please tell Jeanne that I received her parcel with writing paper in it; please thank her for it.
I recently came up against a dual-engine German plane, which is quite different from ours and is terribly fast; it probably has about two or three machine guns on board as it shoots at us from all sides.
I would be delighted to get Mr Perron’s plane, as it could be interesting, but all those who consider themselves inventors imagined fairly baroque aiming devices that cannot be used, that is when they work at all. They are often inaccurate whenever we can use them, so I am a little sceptical, but would still like to try them out for myself.

All my love to you, my dear Father, and to Jeanne.
Jean


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput

15.09.1915 : Les frustrations de Jean | Jean’s Frustration| Jean ist frustriert

Transcription:
 

[page 1]
15 septembre 1915

Mon cher Papa

Excusez-moi d’être resté aussi longtemps sans vous écrire. J’avais égaré votre adresse à la Bombarde mais comme j’ai écrit à Jeanne, je pense que vous avez eu des nouvelles de moi et que vous n’avez point été inquiet. Je n’ai d’ailleurs absolument rien fait depuis ce temps qui mérite la peine d’être raconté, trop peu à mon gré même. C’est pourquoi je vous prie de transmettre mes doléances à Monsieur Chéron qui

[page 2] avait été assez aimable pour me proposer son puissant appui au cas où les choses n’iraient pas à mon gré. Je voudrais que vous lui mettiez en évidence tous les points suivants
– Ce qu’il sait déjà, que j’ai la médaille militaire et trois citations.
– Que j’ai été blessé au cours d’un combat avec un avion ennemi.
– Que à la suite de cela j’ai demandé à piloter un avion de chasse à mitrailleuse tirant à travers l’hélice.
– Cette demande est partie il y a plus d’un mois faite

[page 3] par le Capitaine Volmerange et en des termes aussi élogieux que possible à mon sujet.
– Depuis ce temps on n’a même pas daigné y répondre.
– Je me trouve actuellement uniquement avec un Caudron ordinaire alors que pendant 3 mois j’ai fait la chasse sur Parasol Morane, le plus souvent sans mitrailleuse. Cet appareil qui était devenu fatigué et démodé a fini par rester à la peine et on ne m’a rien donné pour le remplacer, moi qui avais toujours eu deux appareils à l’escadrille.
– Je me trouve un peu découragé

[page 4] et même écœuré et cela d’autant plus, et mettez le bien en évidence à Monsieur Chéron, que à la R.G.A. (Réserve générale) on donne de ces appareils à certains pilotes qui n’ont pas à beaucoup près fait leurs preuves comme moi, et même à des jeunes. Je citerai entre autre Labuteau, qui jamais n’avait été au front. Quand on l’a forcé à partir il a eu d’autorité un monocoque Morane parce qu’il était bien avec tout le monde et près du soleil. C’est un vieux pilote mais depuis la guerre il a toujours été dans les écoles. A des marins qui jamais n’avaient eu d’appareils de chasse, on a donné presque de force des Morane tirant dans l’hélice. Ils s’appellent Carpier et Jauvier (les pilotes).

[page 5] Pourquoi mes demandes n’aboutissent pas je n’en sais rien, mais je me trouve presque en disgrâce. Je trouve que comme récompense c’est maigre. Je crois que le directeur de l’aéronautique à la 10ème armée y est pour une grande partie. On ne m’y connaît pas du tout car nous sommes passé [sic] de la 2ème armée à la 10ème pendant que j’étais blessé. Je me trouve donc complètement isolé et sans moyen d’action, tout comme le Capitaine Volmerange, parce que

[page 6] nous sommes sur le front et que nous ne pouvons pas aller pleurer auprès du commandant un tel ou du colonel « machin ». Pour le moment nous sommes au repos. Cela n’a donc pas une très grande importance, mais le temps que je perds à ne rien faire ici serait mieux employé à m’entraîner sur un nouvel engin.

Je finirai en vous disant que l’on m’avait promis de me faire passer sous-lieutenant et que là encore on a l’air de s’être moqué de moi. Dites ce que vous voudrez mais tout cela n’est guère encourageant. Les galons je m’en moque, mais au moins que l’on me donne un appareil.
Je vous embrasse.
Jean

Depuis sa lettre d’il y a quinze jours, Jean n’a cessé de « déménager » quoique dans un rayon toujours resserré. C’est une période d’accalmie sur le front et Jean est tout juste revenu de repos avec sa division, non loin de Saint-Pol et de la mer. Il y bénéficiait d’un confort indéniable, comme en témoigne une lettre du 7 septembre « Les boches sont loin, il n’y a plus de service c’est délicieux. Pendant quelques temps nous allons enfin pouvoir faire de l’aviation pour notre agrément. »

Revenu au front, Chaput s’énerve toutefois de ne pouvoir utiliser ce temps à s’entraîner sur le Morane monocoque équipé du système de tir à travers l’hélice, en raison du mauvais temps. Il rédige alors des doléances à l’attention d’une certain Chéron. Il s’agit du sénateur Henri Chéron qui fut également sous-secrétaire d’état à la Guerre de 1906 à 1909. Très connu à l’époque et très influent, celui que l’on surnommait parfois « la petite fée barbue des soldats » en raison du soin qu’il portait aux conditions de vie des hommes au front, était le voisin des Chaput à Paris.

La frustration et la rancœur de Jean, ainsi que son orgueil, sont évidents lorsqu’il brandit sa blessure du 9 juillet comme argument pour avoir un appareil de chasse. Il évoque un certain découragement lié à l’absence de reconnaissance qu’on lui témoigne. L’argument du découragement est un argument de poids dans une guerre d’usure où l’on prend conscience de la nécessité de maintenir la motivation des troupes.

Au soir du 15 septembre, Chaput est hospitalisé pour une angine particulièrement agressive, d’un type très répandu dans les tranchées à cause de la faiblesse générale des individus et de l’absence l’hygiène. Jean ne peut donc pas suivre l’escadrille qui déménage à une centaine de kilomètres vers le Sud.

 Seit seinem Brief vor zwei Wochen ist die Staffel von Jean ständig „umgezogen“, wenn auch nur in einem sehr engen Radius. An der Front ist es zu dieser Zeit in der Tat sehr ruhig und Jean, der seinem Vater „nichts zu erzählen hat“, ist gerade erst von einem Erholungsaufenthalt mit seiner Division in der Nähe von Saint-Pol und vom Meer zurückgekehrt. Er genoss dort offensichtlich viele Annehmlichkeiten, wie die Postkarte an seine Schwester vom 08. September, die er am Strand schrieb („Beim Spaziergang, sei lieb umarmt“), und sein Brief vom 7. September zeigen: „Die Deutschen sind weit weg, es gibt keine Einsätze, ein schönes Gefühl. Wir werden jetzt endlich für eine gewisse Zeit zu unserem Vergnügen fliegen können“.

Nach seiner Rückkehr an die Front regt sich Jean jedoch darüber auf, dass er die Zeit, die ihm aufgrund der geringen Intensität der Kämpfe zur Verfügung steht, nicht nutzen kann, um auf der mit einem Unterbrechergetriebe ausgestatteten Morane-Monocoque (Schalenrumpf) zu üben. Er verfasst deshalb eine Beschwerde an einen gewissen Chéron. Dabei handelt es sich um keinen geringeren als Senator Henri Chéron, der von 1906 bis 1909 auch Staatssekretär im Kriegsministerium war. Dieser seinerzeit sehr bekannte und einflussreiche Mann, dem die Lebensbedingungen der Männer an der Front am Herzen lagen und der deshalb zuweilen auch „die kleine bärtige Fee der Soldaten“ genannt wurde, war der Nachbar der Familie Chaput in der Avenue d’Eylau 21 in Paris.

Chaputs Verletzung vom 9. Juli ist für ihn ein wichtiges Argument, um seinen Antrag auf ein neues Jagdflugzeug zu rechtfertigen. Die Enttäuschung und der Groll Jeans sowie sein Stolz sind offensichtlich; er schreibt von einer gewissen Entmutigung angesichts der mangelnden Anerkennung, die man ihm entgegenbringt. In einem Abnutzungskrieg, in dem jeder weiß, wie wichtig es ist, die Motivation der Truppen aufrechtzuerhalten, wiegt das Argument der Mutlosigkeit schwer.

An dem Tag, an dem Chaput diesen Brief schreibt, ist er krank: Er hat sich „eine üble Angina“ zugezogen, die besonders aggressiv ist und aufgrund der allgemeinen Schwäche der Soldaten und der mangelnden Mundpflege in den Gräben häufig vorkommt. Jean wird deshalb am Abend des 15. ins Krankenhaus eingewiesen und kann nicht zusammen mit seiner Staffel hundert Kilometer weiter südlich verlegen.

 
Transkription:
 

[Seite 1]

  1. September 1915

Lieber Vater,

Entschuldigen Sie, dass ich Ihnen
so lange nicht geschrieben habe. Ich habe Ihre
Adresse in La Bombarde verlegt, aber da ich
Jeanne geschrieben habe, denke ich, dass Sie
Neuigkeiten von mir haben und dass Sie
nicht beunruhigt waren. Im Übrigen habe ich
seither absolut nichts gemacht,
was erwähnenswert wäre, meiner Ansicht nach
sogar zu wenig. Deshalb
bitte ich Sie, sich in meinem Namen bei Herrn Chéron
zu beschweren, der

[Seite 2]
mir freundlicherweise seine
tatkräftige Unterstützung angeboten hat für den Fall, dass
die Dinge nicht nach meinem Wunsch laufen.
Ich möchte, dass Sie ihm gegenüber die folgenden Punkte
deutlich machen
– dass ich eine Tapferkeitsmedaille und
drei ehrenvolle Erwähnungen habe,
was er bereits weiß,
– dass ich bei einem Kampf mit
– einer Feindmaschine verletzt wurde
– dass ich danach-darum gebeten habe,
ein Jagdflugzeug mit
Maschinengewehr zu fliegen, das durch
den Propellerkreis feuert.
– Dieser Antrag wurde
– vor über einem Monat

[Seite 3]
von Hauptmann (Capitaine) Volmerange gestellt, der sich
darin sehr lobend über meine Person
geäußert hat.
– Seither hat man es nicht einmal für
nötig befunden, darauf zu antworten.
– Zurzeit habe ich nur eine
– einfache Caudron,
während ich drei Monate lang
andere Flugzeuge mit einer Morane Parasol gejagt habe,
meistens ohne Maschinengewehr.
Diese abgenutzte und
in die Jahre gekommene Maschine
bereitete schließlich nur noch Schwierigkeiten und man
hat mir keinen Ersatz gegeben, mir, der
immer zwei Maschinen
in der Staffel hatte.
– Ich bin ein wenig entmutigt,

[Seite 4]
ja sogar empört, und dies umso
mehr – und erwähnen sie dies ruhig
gegenüber Herrn Chéron – als bei der allgemeinen
Reserve (Réserve générale) einige Piloten, die bei
weitem nicht so erfahren sind wie ich
und sogar junge Männer diese
Maschine bekommen.

Ich möchte hier unter anderem Labuteau nennen, der
niemals an der Front war. Als
er gezwungen wurde, an die Front zu gehen, bekam er
einfach so eine Morane Monocoque, weil
er sich mit allen gut verstand und
der Sonne nahe war. Er ist seit langem Pilot, aber
seit dem Krieg war er immer in Schulen.
Marinesoldaten, die niemals
Jagdflugzeuge hatten,

werden die durch den Propeller feuernden
Morane nahezu aufgedrängt. Sie heißen
Carpier und Janvier (die Piloten).

[Seite 5]
Ich weiß nicht, weshalb meine Forderungen ins Leere
laufen, aber ich habe fast den Eindruck,
dass ich in Ungnade gefallen bin. Ich finde das
als Belohnung sehr mager.
Ich glaube, dass der Leiter der Fliegertruppe
bei der 10e Armée zum großen Teil
dafür verantwortlich ist. Man kennt mich
dort überhaupt nicht, denn als ich
verwundet war, sind wir von der
2e Armée zur 10e Armée gekommen.
Ich bin also vollkommen
abgeschnitten und mir sind die
Hände gebunden wie auch
Hauptmann (capitaine) Volmerange, da

[Seite 6]
wir an der Front sind und nicht
zu irgendeinem Major oder
Oberst „Dingsbums“ gehen können,
um ihm unser Leid zu klagen.

Zurzeit ruhen wir uns aus.
Deshalb ist es nicht so wichtig,
aber die Zeit, die ich hier
durch Nichtstun verliere, wäre
besser in meine Ausbildung auf
einer neuen Maschine investiert.
Zum Schluss möchte ich Ihnen noch mitteilen,
dass man mir versprochen hat, mich zum
Leutnant zu befördern und dass es auch hier
den Anschein hat, als sei ich ihnen gleichgültig.
Sie können sagen, was Sie wollen, aber dies alles
ist wenig ermutigend. Die Beförderung ist
mir egal, aber dass man mir wenigstens
eine Maschine gibt. Seien Sie herzlichst gegrüßt

Jean

Since his letter sent a fortnight ago, Jean’s squadron has not stopped “moving around”, although in a fairly small radius. The front is in fact fairly quiet at the moment, and has only just returned from a recovery period with his division near Saint-Pol and the sea. His life was undeniably comfortable there, as shown by his letter dated 7 September “The Hun are far away, it’s fantastic not to have to fight. We will be able to fly for own pleasure for a while. “.

However, once back on the front, Chaput was angered not to be able to make the most of the quiet time with no fighting to practice on the Morane monohull, fitted with a shooting system that could aim between the propeller blades. He worded his complaints in a letter to someone named Chéron. He was in fact none other than Senator Henri Chéron, who was also the Under-Secretary of State for War from 1906 to 1909. Well-known and highly influential at the time, the one often nicknamed “the bearded fairy of the soldiers” (because of the careful attention given to the men’s quality of life in the front) was the Chaput family’s neighbour.

His injury on 9 July became one of Chaput’s main arguments for justifying his request for a new fighter plane. Jean’s frustration and resentment were obvious, as was his pride; he brought up how discouraged he felt following the lack of recognition in his regard. His discouragement played a huge role in a war during which people were realising how important troop motivation was.

The day Chaput wrote this letter he was ill: he caught a particularly bad throat infection, as did many others in the trenches, due to the soldiers’ overall weakness and lack of oral hygiene. Jean was sent to hospital on the 15th in the evening, and was not able to follow his squadron that moved just over 60 miles to the South.

 
Transcription:
 

[page 1]
15 September 1915

Dearest Father,

I’m sorry that I didn’t write for so long. I lost your
address during the bombing, but as I wrote
to Jeanne I thought she may have
given you some news so you
would not need to worry. I actually
haven’t done anything worth recounting
since the last time I wrote, too little
for my liking in fact. This is why
I would like for you to send my
condolences to Mister Chéron, who

[page 2]
was kind enough to offer me
his support in case things
should not work out as I had planned.
I would like for you to highlight
the following cases in point:
– He already knows that I
have been awarded a military medal and mentioned three times.
– I was injured during
a battle against an enemy craft.
– Following that,
I asked to fly a machine gun-fitted
fighter plane that could shoot
between the propellers.
– This request was issued
more than a month ago

[page 3]
by Captain Volmerange, who
had nothing but good things
to say about me.
– Since then,
no response at all has been sent.
– I now only have
an ordinary Caudron,
whereas for the last 3 months
I have been fighting on a Parasol Morane,
most often without a machine gun.
This plane, which had become
weary and old fashioned, finally
gave up on me, but I was given nothing
to replace it, even
though I had always had two planes
during my time in the squadron.
– I feel a little discouraged,

[page 4]
and even disgusted
– please state this clearly to
Mr Chéron – by the fact that in the French RGA
(General Reserve) these planes
are given to pilots who
have not even proven their worth like
I have, and even to young flyers.
One example amongst many is Labuteau,
who had never even been to the front. When
he was forced to go, he was immediately
provided with a Morane monohull, as
he got on well with everyone and
was close to the powers that be. He is quite an old pilot, but since
the war he has only ever stayed in the schools.
Marines who had never even flown
fighter planes were also given
Moranes that could shoot
through the propellers. Their names are
Carpier and Jauvier (the pilots).

[page 5]
Why my requests never get through
is a mystery, but I
almost feel disgraced. I consider it a poor
reward for all I have done.
I think the aeronautics director
of the 10th army has a great deal
to do with it. No one knows
me there, as we went
from the 2nd army
to the 10th when
I was injured. I am therefore
completely isolated and have no
means of action, just like
Captain Volmerange, as

[page 6]
we are on the front and
are not able to plea with
our commander or
colonel.
For now we are
resting. Our actions are thus not overly
important, but
any time I lose doing nothing
here would be better served practising
on a new craft.

I will end this letter by saying that
I was promised an upgrade
to second lieutenant, and that once again
it was a complete joke.
Say what you like, none
of this is particularly encouraging. I do not care much about
my grade, but I at least would like
a new plane. All my love to you.
Jean


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

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Jean Chaput

19.02.1915: Jean reçoit son baptême de feu | Jean erhält seine Feuertaufe | Jean Receives his Baptism of Fire

Transcription:
 

[Recto]

République Française
Correspondance des Armées de la République
Franchise Militaire
[Deux cachets postaux, Trésor et Postes / 20-2-15 / *133*]
Mademoiselle J Chaput
1bis boulevard Rougemont
Tonnerre
Yonne

21 avenue D’Eylau
Paris

Envoi du soldat aviateur Chaput
Escadrille C 28
Secteur post [illisible]
[Cachet postal, Tonnerre / 7* /23-2-15 / Yonne]
[Cachet postal, Paris XVI / 7 30 / 24-2-15 / Distribution]

[Verso]

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