01.01.1915: Vœux de bonne année par Jean | Neujahrsgrüße von Jean | New Year’s Wishes by Jean

 
Transcription:
 

1er janvier 1915

Ma chère Jeanne,
selon l’expression, je veux
te la souhaiter bonne et
heureuse,quoique pour le
moment cela ne s’annonce
pas trop bien.


Enfin Jacques Daquy m’écrit que
tout se tasse. Je veux bien
le croire. Je t’envoie une
photo de Gambier et moi
prise après la prise d’arme
de sa décoration. Nous sommes
devant notre appareil.
Le fameux bimoteur que j’aime.

J’ai reçu une lettre
recommandée de Papa. Tu
peux lui en accuser réception
de ma part. et lui transmettre
également mes vœux.
Toujours rien de nouveau ici.
Je t’embrasse tendrement
Ainsi que papa.
Jean

Après les très violents combats du mois d’aout 1914, qui avaient mis à dure épreuve l’armée française en particulier au cours de la seule journée du 22, la bataille de la Marne et la “course à la mer”, les armées allemandes et franco-britanniques sont exsangues.
A la guerre de mouvement fait suite la stabilisation du front en novembre ; les deux camps sont si éprouvés que les combats connaissent une diminution d’intensité et une accalmie toute relative.
Dans cette phase de la guerre de position les hommes sont confrontés à un changement majeur de leur quotidien : la promiscuité, la dégradation des conditions de vie et la proximité de l’ennemi.
A quelques exceptions près, notamment en Alsace, pendant la période autour de Noel et de la Saint-Sylvestre 1914, des épisodes de trêves et de fraternisations ont lieu.
Cependant commence peut-être la prise de conscience de certains combattants que tout s’embourbe, “tout se tasse”. La guerre n’est plus rapide et ne semble pas devoir se terminer dans l’immédiat.
Dans cette lettre à sa sœur Jeanne, Chaput mentionne un ami : Gambier. D’après la série de planches que le journal l’Illustration publie à partir de fin janvier 1915, nous apprenons que Paul Gambier est un observateur en avion depuis le mois de septembre 1914. « Brave et modeste », il rend les plus grands services à l’artillerie, en exécutant des reconnaissances et des réglages d’artillerie presque journaliers sous le feu de plus en plus précis de la DCA ennemie, qui arrive à atteindre de nombreuses fois les avions qu’il monte.

 Nach den äußerst heftigen Kämpfen im August 1914, die die französische Armee insbesondere allein am 22. August auf eine harte Probe stellten, nach der Schlacht an der Marne und dem “Wettlauf zum Meer” sind die deutschen und die französisch-britischen Streitkräfte vollkommen geschwächt.

Dem Bewegungskrieg folgt im November eine Stabilisierung der Front. Die beiden Lager sind so erschöpft, dass die Kämpfe an Intensität verlieren und eine relative Beruhigung eintritt.
In dieser Phase des Stellungskriegs erleben die Männer eine große Veränderung ihres alltäglichen Lebens: das Zusammenleben auf engstem Raum, die Verschlechterung der Lebensbedingungen und die Nähe des Feindes.
Bis auf wenige Ausnahmen, vor allem im Elsass, kommt es um Weihnachten und Silvester 1914 zu Phasen der Waffenruhe und zu Verbrüderungen.

Unterdessen setzt vielleicht bei manchen Soldaten die Erkenntnis ein, dass alles festgefahren ist, “alles ruhiger wird”. Der Krieg hat an Schnelligkeit verloren und scheint sich im Augenblick wohl nicht beenden zu lassen.

In diesem Brief an seine Schwester Jeanne erwähnt Chaput einen Freund: Gambier. Aus der von der Zeitung l’Illustration ab Ende Januar 1915 veröffentlichten Serie von Aufnahmen entnehmen wir, dass Paul Gambier seit September 1914 Flugzeugbeobachter ist. “Tapfer und bescheiden” leistet er der Artillerie die größten Dienste, indem er fast täglich Aufklärungsaufgaben und das Einschießen der Artillerie übernimmt, und dies unter dem immer präziser werdenden Beschuss der feindlichen Artillerie, der zahlreiche Treffer auf die Flugzeuge, in denen er sitzt, gelingen.

 
Transkription:
 

1. Januar 1915

Meine liebe Jeanne,
wie es allgemein üblich ist,
möchte ich Dir ein gutes und
glückliches neues Jahr wünschen,
obwohl es im Moment nicht so gut
anfängt. Jacques Daquy schreibt mir,
dass alles ruhiger wird. Ich will es gern
glauben. Ich lege Dir ein Foto
von Gambier und mir bei,
das nach dem Appell anlässlich
seiner Auszeichnung aufgenommen wurde.
Wir stehen vor unserer Maschine.
Die großartige Zweimotorige, die ich liebe.

Ich habe einen Einschreibebrief
von Papa erhalten. Du kannst ihm
ausrichten, dass ich ihn erhalten habe,
und ihm auch meine besten Wünsche übermitteln.
Hier gibt es immer noch nichts Neues.

Herzlichste Grüße und Küsse an Dich
und auch an Papa.
Jean

 

Following the brutal combats of August 1914, which challenged the French army, particularly on the 22nd then during the Battle of the Marne and finally for the Race to the Sea, German and Franco-British armies are drained by the ordeal.
The war of movement phase is followed by the stabilization of the front line in November; both sides are in such an awful state that combat intensity decreases and comes to a moment of relative respite.
Men face major changes in their daily lives brought by the now fixed front line: lack of privacy, worsening life conditions, and the proximity of the enemy.
With some exceptions, mainly in Alsace, fraternization episodes and truces occur amongst the belligerent armies around Christmas and New Year’s Eve in 1914.
However, some combatants may already begin to realize that the war is slowing down, “tout se tasse” as Jean Chaput writes. The war is about to last much longer now than initially anticipated.
In this letter to his sister Jeanne, Chaput mentions a friend: Gambier. Through a series of pictures, published by the weekly magazine L’illustration from January 1915 on, we know that Paul Gambier is an aviation observer since September 1914. “Brave and modest”, he greatly contributes to the effort of artillery by performing almost daily spotting and reconnaissance missions facing the deadly AA gunfire that happens to hit the planes that he mounts on many occasions.

 
Transcription:
 

1st January 1915

My dearest Jeanne,
to use the expression, I want to
wish you a good and happy one
although for the moment
it doesn’t look too promising. Well
Jacques Daquy wrote to me that
it’s all settling down. I’m willing
to believe it. I’m sending you a
photo of Gambier and me
taken after the parade
for his decoration. We are in front of
our aircraft.
The famous twin-engine that I love.

I received a registered letter
from Papa. Can you acknowledge
receipt of it for me.
and also send him my best wishes.
Still nothing new here.
Sending you all my love
And to papa.
Jean


Jean Chaput

Jean Chaput

Jean Chaput naît à Paris le 17 septembre 1893 ; son père, Henri, est un éminent chirurgien de l’hôpital Lariboisière. De 1905 à 1907, il reçoit une éducation sportive de haut niveau en Angleterre.
Encore étudiant à la mobilisation, il entre au service actif le 17 août. Intégré dans l’aviation, il reçoit son brevet militaire à Avord, le 21 novembre sur Voisin.
Arrivé au front à l’escadrille C 28 le 17 février 1915, il est rapidement promu caporal puis sergent. Il est nommé sous-lieutenant le 25 mars 1916 puis lieutenant le 1er avril 1918, et, dix jours après, il reçoit le commandement de l’escadrille S 57.
Blessé lors de combats aériens à plusieurs reprises, il est mortellement atteint le 6 mai 1918, près de Welles-Pérennes, dans l’Oise.

More Information|Mehr Informationen|plus d'informations
Jean Chaput